Théories sur le Brain lock en Vol relatif

où comment savoir optimiser sa concentration pour les éviter

Introduction

Brain lock !… syndrome d’amnésie subite tant redouté de tout parachutiste en vol relatif !  Traduit de l’anglais, ce terme donne littéralement : blocage de cerveau. En français on appelle ça un trou de mémoire. A l’instar de l’Ictus amnésique (perte de mémoire temporaire), le Brain lock du parachutiste effraye les compétiteurs en vol relatif qui font tout pour l’éviter. En effet ceux ci peuvent être ravageurs pour la performance de l’équipe. Où, quand, comment se déclarent-ils ? Qu’est-ce qui peut expliquer en théorie leur apparition subite ? Que peut-on faire pour s’en prévenir ? Cet article va tâcher de répondre à toutes ces questions. Enquête passionnante et exclusive à la recherche de l’ennemi public n°1 des équipes de Vol relatif ! Nous terminerons cet article avec des témoignages de champions du monde très intéressants et nous verrons s’ils confirment nos théories.

Into Action

Avant de poursuivre cet article, admirez ce petit film de 6 min. Entrez au coeur de l’action avec les deux meilleures équipes du monde du Vol relatif à 4. Voyez leurs yeux, sentez leur coeur battre dans l’action ! Ce film fait le lien avec tout le reste de l’article. Il vous plongera dans le monde que je décris tout au long de l’article.

Définition et catégories

Jeffrey M. Schwartz, un chercheur en psychiatrie utilise le terme Brain lock pour parler de trouble du comportement obsessionnel compulsif. Même si les parachutistes sont parfois des gens un peu bizarres, je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont victimes de troubles obsessionnels compulsifs … mis à part se jeter d’un avion en parfait état de marche 10 fois par jour je ne vois pas …

Donc petit rappel pour les p’tits nouveaux parachutistes (ou pour l’œil du profane intéressé par le sujet) qui n’auraient jamais entendu parler de ça : Le Brain lock, alias trou de mémoire de parachutiste, est le terme pour décrire cette situation lors de laquelle le relativeur (qui fait du Vol relatif)  perd subitement le contact avec l’action immédiate et à venir. Le plus souvent son action s’arrête car il ne sait plus où aller ni quoi faire. Parfois le Brain locker (celui qui commet un Brain lock) omet tout simplement une étape de l’action. Il n’est donc pas à l’arrêt mais se désynchronise du reste du mouvement d’ensemble car il anticipe un mouvement ou bien fait un autre mouvement pas du tout prévu au programme …

Bref ! Dans un cas comme dans l’autre … Quelque chose s’est passé dans la tête du brain locker pour qu’il oublie ainsi une petite partie de son « texte ». Et c’est ce que nous allons essayer de comprendre : quels sont les mécanismes, situations propices, attitudes qui pourraient être à l’origine du Brain lock.

Avant de poursuivre, amusons nous à établir des catégories de Brain locks.

Les catégories de Brain locks

Avec l’expérience je me suis aperçu que l’on pouvait plus ou moins classer ces fameux Brain locks selon les situations. Pour ma part je propose les catégories suivantes :

Le brain lock de peur, qui comme son nom l’indique, survient principalement lors d’un stress dit de surpression c’est-à-dire lorsque la perception que l’on se fait de l’importance de l’enjeu est haute. On en reparlera plus loin au cours de l’article.

Le Brain lock d’inattention (ou de désengagement) qui comme son nom le suggère, survient plutôt lors d’un stress dit de sous pression c’est-à-dire lorsque la perception que l’on se fait de l’importance de l’enjeu est (volontairement ou non) très ou trop faible. Ce type de Brain lock arrive le plus souvent dans des sauts de type « Big way » c’est-à-dire de « grande formation », où vous avez un trublion qui ne se souvient plus de l’endroit où il doit apponter … (ce qui a le don de m’énerver …:) .Idem, on en reparlera plus loin.

Le Brain lock de joie … Alors celui là est particulier ! Il apparait essentiellement (et c’est surprenant d’ailleurs mais ça s’explique)  lors d’une action très réussie … par rapport à la normale ! Je m’explique : supposons que vous soyez en sortie d’avion avec votre équipe et que vous avez des problèmes pour sortir tous ensemble correctement de cet avion dans une figure particulièrement difficile. A chaque saut c’est le drame … Vous retrouvez la moitié de vos coéquipiers sur le dos en train de patauger dans l’air … Et puis pour une fois, la sortie se synchronise parfaitement ! Enfin ! Ca marche ! Et quand vous voulez passez à la figure suivante … black out ! Vous êtes à l’arrêt … Vous êtes en train de subir un Brain lock de joie ! Nous reviendrons ultérieurement sur ses raisons et origines plus loin dans l’article.

 

Voilà donc les présentations faites avec ce célèbre et terrible mal du relativeur qu’est le Brain lock !

Le team Hayabusa champions du monde en titre au départ d’un saut … Admirez le regard de l’un des leurs. Ce regard ne trompe pas … Hyper concentration ou brain lock ?

Les origines du mal …

Dans ce chapitre nous allons tâcher de comprendre les raisons qui amènent à déclencher ces Brain locks. En effet, ils ne sont sans doute pas toujours l’œuvre ni de la fatalité, ni même celle du malin ! Leurs origines peuvent certainement s’expliquer.

Dans ce chapitre vous vous attendez certainement à ce que l’on parle plus ou moins de mémoire, n’est ce pas ? Et bien pas tout à fait … Il est vrai qu’il est très tentant d’accuser cette pauvre mémoire de tous les maux. Et il est vraisemblable qu’elle tient un rôle dans cette affaire. D’ailleurs ne dit-on pas en français : « trou de mémoire » ? Cette mémoire a tout le profil du suspect n°1 parfait !

Laissons pour l’heure la mémoire et ses complexités et cherchons parmi d’autres suspects dont deux sont  à considérer fortement dans l’origine des Brain locks:  l’Attention  et la Concentration.

Ces deux termes sont souvent associés, voire confondus comme synonymes,  mais qui selon les spécialistes présentent quelques nuances l’un par rapport à l’autre (voir plus bas).

Attention vs concentration ? Un peu de théorie

Attardons nous juste un peu, avant de poursuivre, sur les définitions de nos deux suspects. Cela permettra de poser le cadre de nos futures investigations. Pour cela je vais m’aider de recherches menées auprès d’érudits spécialistes qui ont travaillé le sujet.

L’attention

Une première définition de l’attention est que : « L’attention est la faculté de l’esprit de se consacrer à un objet : d’utiliser ses capacités à l’observation, l’étude, le jugement d’une chose quelle qu’elle soit, ou encore à la pratique d’une action ». Cette définition nous intéresse car elle intègre l’action.

William James, psychologue et philosophe américain, en fait, quant à lui, cette définition restée célèbre: « « L’attention est la prise de possession par l’esprit, sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles […] Elle implique le retrait de certains objets afin de traiter plus efficacement les autres ».

L’attention correspond finalement à la manière dont le cerveau traite un stimulus extérieur (percepts ressentis grâce à nos 5 sens) ou intérieur (une pensée ou une émotion) puis porte et maintient cet événement à un certain niveau de conscience.

Concentration

La concentration (littéralement : capacité à centrer, regrouper …), est un processus cognitif qui nécessite un niveau de  conscience plus élevé que l’attention. Son rôle est de faire abstraction et / ou un triage de toutes les données non pertinentes de l’environnement. Se concentrer est un acte volontaire, qui maintient l’attention à son plus haut niveau et l’oriente volontairement dans un sens choisi. C’est une zone spécifique du cerveau qui travaille dans ce cas (d’autant plus que la distraction est ressentie comme négative) : le cortex préfrontal.

le cortex pré frontal

Le Cortex préfrontal joue un rôle dans la coordination de fonctions cognitives complexes et notamment un rôle important dans la concentration. L’Hippocampe (lobe temporal) est, quant à lui un centre important de la mémoire. Des expériences ont montré qu’une désinhibition de ces parties du cerveau induit des troubles de l’attention et du pouvoir de concentration. Selon les neurosciences, un processus de régulation fine du cortex préfrontal ainsi que de l’Hippocampe, par inhibition grâce à un frein neuronal, le neurotransmetteur GABA, jouerait un rôle déterminant dans la faculté attentionnel et de concentration.

Le rôle de la concentration est de moduler et d’orienter l’intensité de l’attention selon les besoins du moment.

Dit autrement : Se concentrer c’est faire silence dans son cerveau en faisant taire tout ce qui peut parasiter le champ attentionnel. Ces parasites peuvent arriver de toute part. Ils peuvent être des percepts (vision, audition etc …), ils peuvent être mentaux (émotions, discours internes, bouffées de pensées inopportunes etc …).

Champs attentionnels : larges ou étroits ?

Attention et concentration sont interdépendants et flexibles : plus vous êtes concentré sur quelque chose, moins vous êtes conscient de ce qui se passe autour de vous. Vous rétrécissez votre champ attentionnel (champ étroit). C’est ce que l’on appelle « se focaliser » (littéralement zoomer sur un objet).

Inversement, au moins vous êtes concentré, au plus vous serez ouvert à l’environnement (extérieur, situationnel ou même mental). Vous élargissez votre champ attentionnel (champ large).

Orientation de l’attention.

L’orientation de l’attention est automatique (c’est-à-dire rapide et non accessible à la conscience) lorsque l’attention est guidée par une stimulation externe. On parle d’attention exogène (ex : une mouche qui vole, un bruit violent … attireront forcément votre attention).

A l’opposé, l’orientation de l’attention peut se faire de manière contrôlée/ volontaire, c’est-à-dire que l’attention peut être guidée par la personne par un processus plus lent car conscient et donc consommateur en ressources attentionnelles. On parle alors d’attention endogène (par exemple tournée vers des sensations, des émotions, des pensées, des concepts). La capacité de concentration permet cette orientation endogène de l’attention.

Le contrôle attentionnel

Deux paramètres peuvent être pris en compte concernant le contrôle de l’attention :

Sa sélectivité

  • Attention sélective (ou focalisée) (qui sélectionne les informations à traiter prioritairement, en fonction de leur pertinence pour l’action, ce qui implique de savoir inhiber les informations inutiles, en résistant aux interférences)
  • Attention divisée ou partagée (capacité à diviser son attention entre plusieurs activités. A savoir que plus le nombre d’informations sur lesquelles l’attention doit porter simultanément est grand, au plus haut sera le besoin en ressources attentionnelles).

Son Intensité

  • Attention soutenue (capacité à maintenir l’attention pendant une période donnée nécessitant un traitement actif continu du fait de l’arrivée massive et continue d’informations).
  • Vigilance (capacité à maintenir un niveau suffisant d’efficacité attentionnelle au cours des tâches monotones et de longue durée exigeant la détection d’événements qui se produisent rarement)
  • Alerte attentionnelle (capacité de se réengager dans l’action. Elle est liée à des facteurs tels que la motivation, les priorités et l’intérêt porté à l’action).

 

Le contrôle de l’attention : un atout majeur

Apprendre à contrôler son attention est un enjeu essentiel pour une performance. La capacité à facilement engager, désengager, réengager son attention est liée à une bonne flexibilité attentionnelle. Cette flexibilité est nécessaire dans un environnement fluctuant et parfois imprévisible.

Revenons à nos Brain locks.

Lorsque vous dites à quelqu’un « concentre toi ! » ou bien « reste attentif ! », vous ne l’aidez pas vraiment. En effet, est ce que cette personne  sait vraiment dans quelle « direction » orienter sa concentration et avec quel degré d’attention ?

C’est ce que nous allons voir maintenant. Et nous permettre éventuellement de commencer à apporter quelques éléments de réponses quant aux origines des Brain locks.

Le modèle SESA

Après toutes ces définitions sur l’attention et la concentration, il est temps désormais de passer aux choses pratiques. Il est temps de vous présenter le modèle SESA issu de la méthode de préparation mentale Christian Target. Ce modèle rassemble et exprime de manière très pragmatique les concepts vus plus haut ainsi que  leurs relations vis-à-vis de l’action. Et nous allons voir son intérêt pour mieux cerner et combattre le Brain lock.

SESA est l’acronyme de  : Stratégie – Evaluation – Soi – Action.

Ceci définit les  4 champs de concentration principaux qui vont nous aider à mieux comprendre comment orienter plus efficacement nos champs attentionnels vis-à-vis de l’action. Et vous verrez que nombre de Brain locks peuvent être expliqués grâce à ce modèle.

Voici un schéma d’ensemble mettant en scène les 4 champs de concentration que nous allons définir. C’est le fameux modèle SESA proposé par Christian Target (Méthode Target).

Définition des champs de concentration

S pour concentration sur la Stratégie

Ce champ de concentration doit être temporellement éloigné de l’action même si toute l’attention sera portée sur l’action future car il concerne le temps de sa mise en œuvre au sens stratégique du terme. C’est-à-dire que c’est dans cette phase que seront  mises en place les plans d’actions. Dans le cadre du vol relatif, c’est le moment où l’on briefe le saut debout puis sur les planches. Le champ attentionnel doit être plutôt large car il doit permettre d’analyser des situations, des options, éventuellement un environnement. Dans le cadre d’une équipe, l’attention doit être portée sur l’ensemble du groupe et non pas uniquement sur soi même. Cet instant requiert une capacité de concentration certaine car c’est à cet instant que tout se construit en vue de l’action future : tactiques, synchronicité, émotions, confiance … L’attention doit rester soutenue car un flot d’informations va être débité en touffe, éventuellement dans un environnement bruyant propice aux distractions. C’est réellement une phase de concentration car un effort d’attention endogène (tourné vers le « nous ») doit être fait pour maintenir cette attention à un niveau élevé si l’on veut que cette phase soit profitable et efficace en vue de l’action future. Pendant cette phase ce champ de concentration partage celui de l’Evaluation.

E pour concentration sur la L’évaluation (de la situation)

Ce champ de concentration revient à évaluer la situation et prendre du recul. C’est une attention exogène relativement large qui permet de prendre du recul sur la situation. Il se complète parfaitement avec la phase stratégique de l’action à venir car c’est dans cette phase du « Longtemps avant l’action »  que ce champ devient vertueux. En effet, il permet, grâce à sa fonction de prise de recul, l’analyse d’options possibles vis-à-vis de l’action future en fonction de la situation qui peut être fluctuante. Exemple : une équipe s’aperçoit qu’elle n’est plus qu’à un point de son équipe concurrente qui montre des signes de faiblesse. Cette évaluation peut permettre d’influencer les choix tactiques et la prise de risque lors de la phase stratégique de préparation du saut.

Sur cette photo des équipes en phase Stratégie pendant la coupe du monde 1998 au Portugal. Les équipes évaluent des options possibles d’enchainement possibles en mesurant les risques (de mal faire) que cela comprend pour chacune de ces options. Il y a donc une part de concentration sur l’évaluation (prise de recul) au sein de cette phase “Stratégie”.

Ici l’équipe de France de Vol relatif à 4 aux championnats du monde 2001 en Espagne. L’équipe est encore en phase stratégique. Elle se coordonne avant l’action qui, une fois le saut démarré, ne sera plus qu’une somme d’actions individuelles coordonnées où chacun devra se synchroniser avec le reste du groupe. Si un des coéquipiers perd le fil de l’action … c’est l’équipe qui perd …

S pour concentration sur le Soi

Ce champ de concentration prend toute son importance dans le maintien et le contrôle des compétences techniques. Le moment privilégié pour entrer dans cette phase de concentration est la phase du « juste avant l’action ». Par exemple dans le couloir juste avant d’entrer dans le sas de la soufflerie. C’est à cet instant, à quelques minutes avant d’entrer dans l’action, que l’on se plonge dans de la répétition mentale des gestes à faire, ainsi que de la projection mentale (de la future action dans son ensemble) en rappelant à soi toutes les sensations liées à cette action (kinesthésiques, visuelles, auditive pour le rythme …). Le champ d’attention y est étroit, endogène, alerte (c’est-à-dire prêt à s’engager) et impliquant un niveau de concentration élevé afin de filtrer tout le parasitage environnemental  destructeur de compétences et propice à nous attirer vers un champ attentionnel extérieur à l’action future.

NB : Méthode Target suggère qu’une petite place pour la concentration sur la Stratégie soit faite à cet instant. Cela peut s’entendre pour quelques disciplines comme la voile par exemple où il est bon d’avoir préparé des plans de rechange éventuellement en fonction des conditions qui peuvent évoluer. En ce qui concerne le Vol relatif, le plan restera le plan car une fois choisi il y a peu de raisons d’en changer. L’environnement n’influence en rien le plan.

Une membre de l’équipe de France de VR4 indoor en pleine projection mentale de son action future pendant les championnats du monde indoor 2019. L’attitude des mains ne trompe pas … Elle vit déjà son saut …

Les membres de l’équipe de France Open aux championnats du monde indoor 2019 de Vol relatif. La photo est prise à quelques secondes avant la mise en place pour le départ. Chacun protège ses compétences pour ne pas se laisser distraire par l’environnement. A cet instant, une équipe concurrente est en pleine action devant leurs yeux … Le pouvoir de concentration sur le Soi est de se protéger et de ne pas se laisser basculer dans un champ attentionnel inadéquat (large et exogène).

A pour concentration sur l’Action

Ce champ de concentration définit celui du temps de l’action en cours. C’est le temps où toute votre attention va se porter sur le déroulement de l’action. C’est le temps où votre attention doit être soutenue (traitement continu d’informations), sélective (focalisée / étroite). Le but est de rester flexible et adaptable à toute distorsion du continuum d’action tout en restant en anticipation constante. Un maintien soutenu de la concentration dans ce champ attentionnel focalisé sur l’action doit permettre de faire abstraction (triage) de toutes les données non pertinentes de l’environnement et ainsi frayer le chemin pour délivrer toute les compétences attendues dans l’action. C’est le but de tout compétiteur, n’est ce pas ? Ce n’est pourtant pas si simple et c’est là la grande force des grands champions : rester concentré sur l’action quoiqu’il advienne. Et vous verrez que c’est un travail constant de leur part en lisant leurs témoignages plus bas.

L’équipe de France de VR8 en pleine action lors d’un saut d’entrainement quelques mois avant le championnat du monde en 2010. Si l’un des membres quitte le champ attentionnel de l’action, toute le synchronisme du continuum d’action sera corrompu. Les dégâts peuvent êtres fatals d’un point de vue de la performance, notamment à 8 qui demande énormément d’efforts attentionnels et de synchronisme.

L’un des membres de l’équipe championne du monde Hayabusa (Bel) en pleine action …

Tout va très vite … trop vite. S’interdire de penser … se focaliser sur l’agir, tel est le secret ! Mais est-ce si simple ?

Les Mécanismes possibles d’apparition des Brain lock.

Ce modèle SESA va nous aider à y voir plus clair dans les mécanismes d’apparition des Brain locks.

Grâce à ce fameux SESA on s’aperçoit que l’art de se concentrer c’est l’art de savoir se placer dans le bon champ attentionnel par rapport à l’action au bon moment.

Nous allons voir comment un mauvais choix d’orientation attentionnel peut perturber le cours de l’action et expliquer ainsi l’apparition des Brain locks.

En ce qui concerne le vol relatif, par expérience, deux mécanismes possibles peuvent expliquer l’apparition du brain lock :

Le premier mécanisme d’apparition du Brain lock fait suite à un évènement impromptu ressenti comme majeur (un changement brusque de niveau, de rythme, “vol de clé”, mauvaise trajectoire de bloc, mauvaise prise etc ….). Si le performer quitte le mode de concentration sur l’action pour passer sur le mode d’évaluation, c’est-à-dire dans une posture de prise de recul, de jugement par rapport à l’action, cela équivaut à s’arrêter en chemin pour regarder en arrière. Quand, lors d’un saut, vous vous surprenez à analyser un évènement en discordance avec l’action attendue, votre cerveau évalue cette situation, la compare éventuellement avec la situation idéale espérée. Vous êtes en réalité en train d’analyser le passé alors que l’action est déjà dans le futur. Cette évaluation, si elle n’est pas jugulée immédiatement, peut de surcroit laisser une emprunte émotionnelle certaine qui ne fait qu’accentuer l’ampleur du ressenti vis-à-vis de la situation. L’attention exogène large est un mode rapide et automatique qui, s’il n’est pas maintenu tête basse par le pouvoir de la concentration (dont c’est le rôle que de le rabrouer), aura tendance à jaillir comme un ressort ! Vous passez en mode Evaluation, vous êtes hors de l’action ! Brain lock ! Les témoignages en fin d’article sont intéressants à ce sujet.

Le deuxième mécanisme d’apparition du  Brain lock peut être attribué au fait de se concentrer essentiellement sur soi au lieu de rester sur l’action. Cela arrive lorsque les compétences techniques sont encore incertaines et fragiles. L’attention, au lieu d’être dirigée vers l’action immédiate et à venir (exogène étroit), est orientée vers soi (endogène étroit) pour une « écoute » excessive de ses sensations ce qui freine l’action. C’est un peu lorsque l’on apprend à conduire ;). On a le pied sur le frein et l’accélérateur en même temps, on pense aux vitesses et on regarde son volant au lieu de regarder la route ! Dans ce mode de concentration, le cerveau a tendance à comparer ce qu’il a appris à faire, ce qu’il cherche à faire et ce qu’il fait réellement. Cette autoévaluation permanente freine l’action voire l’arrête complètement si la distorsion ressentie est trop importante. En effet, il est très difficile pour l’attention d’être maintenue à la fois dans un champ attentionnel tourné vers l’action (exogène étroit) et un champ attentionnel tourné vers Soi (endogène étroit). Ce mécanisme est la garantie d’avoir de beaux Brain locks ! Seul un entrainement régulier et dédié fait de travail mental de répétition technique, d’apprentissage sur modèle existant (les tops équipes), de programme de correction grâce à de la visualisation, et bien entendu de sauts et de vols en tunnel vous aideront à lutter contre les brain locks. On a rien sans rien. L’entrainement technique est la base de tout. Optimisez le aux moyens de vidéos et de votre cerveau ;). Dans mon temps où la soufflerie n’existait pas, le seul moyen d’apprendre et de travailler “gratuitement” était de regarder inlassablement des vidéos et de tâcher de s’en imprégner mentalement. C’est un effort à faire mais tôt ou tard ça paye …

Une variante de ce type de logique d’apparition de Brain lock est le « Brain lock du coach ». Une personne en action dans une équipe pourra avoir tendance à basculer en mode auto Evaluation sur l’autre. Même principe que le « sur Soi » mais orienté sur un membre de l’équipe ou sur l’ensemble de l’équipe (cf témoignage plus bas).

 

Le troisième mécanisme possible d’apparition du Brain lock serait de basculer en mode S – Stratégie en cours d’action. Mais ce phénomène est peu probable en ce qui concerne le Vol relatif où tout va très vite pendant un saut, ce qui laisse peu de temps pour revisiter, même succinctement, les autres options envisageables et envisagées …

En résumé

Le suspect numéro 1 dans le mécanisme d’apparition du Brain lock est principalement l’Evaluation.

Evaluer une situation en cours d’action, s’auto-évaluer en cours d’action ou auto-évaluer l’autre en cours d’action est une nomination directe pour les Oscars du plus beau Brain lock. Afin de détecter l’origine de vos Brain lock, posez-vous la question de savoir dans quel champ de concentration vous étiez au moment des faits.

Petit test

Etes vous placé dans le bon champ SESA ?

Parcourez ces différentes affirmations ci-dessous et tâchez de graduer vos réponses par 7 choix possibles en partant de A (= pas du tout d’accord) à G (Tout à fait d’accord).

  • Lorsque je suis en concentration maximale dans une action en cours, je ne réfléchis jamais à des stratégies différentes
  • Lorsque je suis en concentration maximale dans une action en cours, je veille à corriger mes erreurs juste après les avoir faites
  • Lorsque je suis en concentration maximale dans une action en cours, j’aime visualiser ma réussite future
  • En concentration maximale durant une action, il faut être uniquement concentré sur soi-même
  • Dans mes grands moments de réussite, c’est la concentration sur l’action elle-même qui guide mes décisions
  • Je suis toujours concentré très exactement sur ce qu’il faut
  • Pour réussir une action, je dois rester puissamment concentré sur cette action

(Source : DPM Méthode Target)

Evaluez vous grâce à ce Mindmapping

Comment traiter les situations liées aux Brain locks

Vous n’imaginez pas l’effet « zoom » que peut avoir parfois une simple petite erreur commise dans l’action. Quand on y repense, on a le sentiment que l’erreur a pris des proportions gigantesques. Que le temps s’arrête pour que tout le monde puisse bien voir ce qu’il se passe et pouvoir bien se moquer de vous. Vous voyez déjà vos coéquipiers qui s’acharnent sur vous. Vous entendez les rires moqueurs du public qui commence à vous pointer du doigt. Votre coach en train de hocher la tête en signe de désespoir sur votre compte … Vous voyez tout ce qui peut passer éventuellement dans la tête de quelqu’un lors d’une situation pas forcément très grave mais qui, exacerbée par une sensibilité certaine, peut prendre des proportions démesurées ? Alors que l’erreur n’est peut-être que de nature « légère » c’est-à-dire sans conséquences graves pour le continuum d’action, une simple petite distorsion dans le continuum d’action sans gravité majeure…. Comment réagir et ne pas se laisser tomber dans le piège de la l’évaluation (de nature automatique la plupart du temps) ?

Traiter l’erreur légère.

Règle absolue : faire silence dans votre mental. Le préfrontal est là pour ça (concentration, maintien de l’attention, gestion fine du comportement, gestion fine des émotions …). Concrètement, pendant l’action, il faut s’interdire de se parler à soi même (discours interne). Avec l’équipe de France à 8 indoor en 2019 nous avions établi cette règle d’or : ne pas évaluer, ne pas se parler (à soi) … en cas de coup dur : relève toi et marche !

De même ne vous jugez pas. Tâchez de conserver l’estime intacte. L’erreur fait partie du jeu. Vous avez droit à l’erreur. Il faut s’y attendre. La seule chose à laquelle vous n’avez pas droit (en ce qui concerne l’erreur) c’est de ne pas savoir la traiter et de vous laissez affecter par elle (comme décrit plus haut par exemple).

Réflexes à prendre en cas d’évènement impromptu : Le Switch express alias les 2 R

1er réflexe à prendre : R1 => Résilience / Relâchement / Retour au calme (très rapide)

Comme dit plus haut, il faut étouffer la soupière à émotions négatives qui aura tendance à soulever le couvercle si on n’appuie pas de dessus assez fort! C’est une image bien entendu mais sachez que c’est malheureusement la tendance naturelle du cerveau. Cette capacité à surmonter une difficulté et atténuer le négatif s’appelle la résilience. C’est l’une de vos composantes de votre profil émotionnel (parmi les 6). Au sein du cerveau c’est la partie nommée Amygdale qui est la source des résurgences des émotions négatives. Celle-ci est régulée par la partie gauche du Cortex préfrontal. C’est lui qu’il faut entrainer pour augmenter cette faculté de résilience !:). Des exercices d’imagerie peuvent vous entrainer à augmenter cette force de résilience.

De même ne sous estimez pas la capacité de la respiration à atténuer les effets du négatif de la situation. Je sais que nous vivons dans l’action rapide (voire fulgurante pour certaines équipes) et que le temps pour respirer est faible voire inexistant. Mais il faut y pensez. Idéalement, une respiration ventrale (abdominale) aiderait à activer le système parasympathique (qui apporte le calme) et diminuer le Cortisol, l’hormone secrétée en cas de stress. Ca c’est pour vous prouver que la physiologie nous donne des moyens de nous remettre sur pied. Malheureusement pour nous parachutistes, le temps et l’intensité de l’action ne nous permet pas d’activer cette fonction en cours d’action. Alors il faut trouver un autre moyen : opérez un relâchement. La crispation mentale et physique ne fera qu’accentuer les dommages et brouiller vos sensations. Un témoignage plus bas dans l’article fait mention de ce relâchement. Idem que pour la faculté de résilience : le relâchement ça s’entraine.

Deuxième réflexe à prendre : R2 => Refocalisation sur l’action immédiate et à venir

Et oui … c’est la seule chose à faire ! Relève toi et marche !:). Rebasculer dans le bon champ SESA. Réengager l’action en réengageant l’attention dans sa bonne intensité et sélectivité. L’attention, pendant l’action, doit toujours rester soutenue et focalisée (sélective). Cette efficacité du réengagement dans l’action sera d’autant plus grande que vous êtes motivé et concerné par le contexte qui justifie l’action. Une certaine fléxibilité mentale est nécessaire et celle ci s’entraine, s’anticipe, se renforce. C’est avant tout une question de volonté et de mise à l’épreuve quotidiennement. La re-focalisation sera d’autant plus rapide que vous n’aurez pas laissé votre Estime de soi se prendre au jeu des émotions négatives éventuellement apparues. Ne vous jugez pas. Ne jugez pas les autres. Restez neutre émotionnellement et maintenez l’Estime intacte. Vous ferez le point technique plus tard pour apprendre et tirer des leçons de l’erreur commise. Ce qui vient de se passer fait désormais partie du passé. Vous évaluerez cette erreur plus tard ainsi que ses conséquences sur le résultat. Poursuivre l’action avec son équipe est le plus important. Donc refocalisez vous et raccrochez au continuum d’action.

Témoignage sur l’utilité et l’efficacité du Switch express

Faire toute cette procédure en moins d’une seconde demande de l’entrainement bien évidemment. C’est le rôle de l’entrainement de se confronter à la réalité et tester ses capacités. Avec l’équipe de France indoor à 8, en 2019 en se préparant pour les championnats du monde indoor, nous avions pris ce traitement de l’erreur légère très au sérieux car nous savions, à notre niveau, que cela pouvait faire la différence entre un saut « qui tient » et un saut « qui explose ». Notre saut de record du monde à 44 points (47-3) en est un parfait exemple. Parti pour être le saut du siècle, ce saut aurait pu « exploser » à 15 secondes de la fin si l’on n’avait pas su traiter les erreurs légères qui ont eu lieu subitement aux 2/3 du saut et qui, à une telle vitesse de vol, auraient pu prendre des proportions catastrophiques. Au lieu de ça, nous avons traité puis réengagé l’action aussi vite qu’elle était établie au démarrage du saut sans se soucier de l’affect. Malgré ce petit incident de parcours, nous établissons le record du monde indoor à 8. Ca valait le coup de s’entrainer au switch express ;).

Même jeu lors de mes championnats du monde outdoor VR4 en 99 en Australie. Notre manche 7 fut laborieuse tout le long du saut. Nous avions la sensation de courir le long d’une falaise et de pouvoir tomber dans le vide à tout moment. Mais nous avons “tenu” le saut. Nous étions entrainés à “switcher” car nous étions une équipe challenger qui aimait prendre des risques pour aller chercher notre victoire promise. Malgré la sensation d’un saut pourri nous prenions 2 points d’avance sur les américains, nos concurrents. Entrainement difficile … combat facile ! (ou presque).

Actions préventives pour lutter contre les brain locks

 

Un conseil : optez pour une procédure d’approche de l’action qui soit optimale pour votre concentration. Cette approche est située dans le « avant » et le « juste avant » de l’action. Cette phase d’approche, dans la méthode Target, est appelée, la “Procédure du attaquer fort ». C’est-à-dire l’art et la manière d’aborder l’action pour un démarrage fluide et puissant … et se prévenir des Brain locks par la même occasion grâce à un ajustement optimal de votre concentration lors de l’approche de l’action.

 

Je ne vais pas m’étendre trop longuement car le sujet est vaste et passionnant mais je vais tâcher d’en donner les grandes lignes.

Je ne vous livre que le versant dit des 3 P de la procédure car c’est dans cette partie que les registres attention et concentration interviennent.

La procédure du attaquer fort : les 3 P

Ci dessous les 3 phases. Pour des raisons techniques je vous les livre en 3 parties successives. Vous retrouvez le timeline complet ci dessous.

Vous pouvez de même vous auto évaluer comme pour le petit test des champs SESA plus haut. Répondez aux affirmations issues du DPM (Diadnostique de performance mentale Méthode Target) en graduant par 7 degrés depuis : A = pas du tout d’accord à G= complètement d’accord).

P1 : Parcours …

Le P1 correspond à votre parcours (individuel et d’équipe) au cours duquel vous aller organiser méthodiquement votre compte à rebours en direction de l’action. Vos comportements, vos états mentaux, votre énergie, votre concentration … Vous devez tout codifier et ne rien laisser au hasard pour être disponible à 100 % pour l’action. Ce parcours peut très bien s’écrire sur une feuille de papier et faire l’objet d’un consensus d’équipe (une “routine” d’équipe) où le temps va prendre son importance car ce parcours doit être subdivisé en étapes avec des points de rendez-vous par exemple. Ces points de RDV dans le temps peuvent donner lieu à des manoeuvres de cohésion telles les “bulles de (re)concentration” où l’équipe se resynchronise techniquement, émotionnellement avant l’action. En effet, parfois les temps d’attente sont longs entre les manches. La cohue, les distractions, l’endormissement peuvent vous dévier de votre “mission”. Ce parcours P1 est là pour permettre de synchroniser l’équipe, maintenir un niveau d’attention (alerte ? prêt à s’engager ?) minimum opérationnel. Pendant les phases de regroupement, tout le monde doit se concentrer sur l’action. Dans les intervalles, chacun doit se protéger en basculant dans le champ “sur Soi”.

Bulle de reconcentration et de cohésion par l’équipe de France indoor à 8 lors des championnats du monde indoor 2019. La confiance individuelle et collective est importante pour se prévenir des Brain lock. Les bulles sont là pour insuffler sa propre confiance au groupe et se nourrir en retour de celle du groupe.

P2 : protéger ..

La phase important en ce qui concerne la prévention des brain locks est la phase P2 (dans le “juste avant”) c’est-à-dire la phase « Protéger mes compétences ». Cette phase est essentielle pour lutter contre les Brain lock  en compétition et doit se travailler en entrainement. Avec le team France indoor à 8, nous avions mis en place une procédure à l’entrainement pour rendre plus efficace la concentration entre chaque vol  en soufflerie justement afin de diminuer tous les Brain locks de début de session et s’habituer à un « attaquer fort » d’entrainement plus puissant en vue de préparer au mieux le « attaquer fort » de compétition. Il faut donc prendre cette phase au sérieux même à l’entrainement. Elle peut se faire en  phase accélérée car le temps presse en entrainement de soufflerie du fait des rotations entre chaque vol (de l’ordre de 1,5 à 2 min en général). C’est néanmoins une phase essentielle.

Cette phase P2 consiste à se placer en mode de concentration sur Soi c’est-à-dire en mode d’attention endogène focalisée sur de la technique pure (sensations, mécanisme …) afin de protéger des compétences techniques à reproduire ou à améliorer. De l’imagerie mentale est clairement nécessaire à ce niveau là. On a tous la vision de nos grands champions le regard dans le vide ou les yeux fermés, plongés dans leur monde, dodelinant gentiment la tête comme le feraient des autistes (qu’ils sont parfois ! haha !). Ils sont tout simplement déjà en train de vivre le saut afin que le cerveau n’ait plus rien à découvrir pendant l’action. C’est une grande faculté du cerveau que de savoir projeter sur l’aire visuelle des images entièrement fabriquées à l’aide de nos ressources cognitives, tel un tableau blanc sur lequel nous pouvons écrire ce que l’on veut, comme on le veut. Si une partie de la future action est cruciale et complexe, la projection mentale de cette action sur notre aire visuelle ainsi que la répétition mentale focalisée sur cette phase de l’action la rendra en principe plus fluide. Cela permet de « renforcer » et « protéger » cette phase de la future action.

Il est prouvé par les neurosciences que créer mentalement une action et la réaliser concrètement fait intervenir quasiment les mêmes zones du cerveau. Ce serait dommage de s’en priver 🙂 ! C’est gratuit et ça peut aider.

Attention à l’idéalisation !

Attention toute fois de ne pas « idéaliser » la future action mentalement lors de cette phase P2. En effet, si vous visualisez votre saut trop parfaitement et idéalement d’un point de vue technique, il se pourrait que lors de l’action, un effet d’évaluation comparative puisse se produire de manière inconsciente (ou même consciente). Pour peu que l’action en cours dévie un peu de son continuum « idéalisé » et théorique, il se peut qu’un Brain lock puisse apparaitre en conséquence de cette évaluation passive en cours d’action. Maintenez toujours cet état d’attention dit d’alerte. Soyez « flexible », adaptable, réactif. Dit autrement, ne refusez pas la réalité du fameux « brouillard de guerre » cher à Clauzewitz, c’est-à-dire ce degré d’incertitude toujours présent quand on va vers l’action. Soyez prêt à accepter que quelque chose ne se passe pas comme prévu et puisse contredire plus ou moins votre plan d’action. Lâchez prise sur ce que vous ne pouvez contrôler, c’est à dire le futur. Et reposez vous sur votre confiance si possible. Visualisez Clint Eastwood dans le film Le maitre de guerre en train de vous regarder droit dans les yeux et de vous dire : « On improvise ! On s’adapte ! On domine ! ». C’est un peu  spartiate  comme façon de dire … mais mon expérience montre qu’on a jamais tord de penser ça.

L’équipe Ténanine à l’approche de l’action dans le sas d’entrée de l’arène à vent à Dubai en 2015 ! Encore un peu de “sur Soi” …

P3 : plonger dans un contexte connu …

En phase P3, c’est-à-dire la phase d’amorçage de l’action, il est nécessaire de se réorienter vers l’extérieur, vers l’action à venir et de plonger vers un contexte connu en termes de sensations qui vous mettront en confiance pour un démarrage serein. Si vous bâclez votre amorce de l’action, vous subirez certainement des aléas qui pourraient faire déclencher les mécanismes propices aux brain locks. Dans notre contexte parachutiste, cette phase d’amorce se situe lors de la mise en place à la porte (du tunnel ou de l’avion). Cette phase est importante car c’est la phase de pré-action où tout doit être amorcé : le mental, la confiance, la technique, la concentration, les sensations, la motivation, l’agressivité, l’estime, l’énergie, l’émotion de l’instant qui doit définitivement être adaptée à cet instant présent. Le pouvoir des grands champions est de savoir rassembler tous ces potentiels de performance (physique et mentaux) autour de cet instant … qui se doit d’être magique 🙂

Observez bien les équipes de très haut niveau. Regardez la souplesse et le temps qu’elles utilisent pour leur mise en place à la porte du tunnel ou même de l’avion. L’action est déjà en cours dans la tête. Les connections avec les sensations sont faites, le chemin à suivre déjà tout tracé dans l’aire visuelle, les aires motrices en alerte, le préfrontal étouffant les turbulences mentales pour laisser l’attention travailler efficacement pour conduire l’action. Il faut simplement se donner le temps de mettre tout ça en place avant le démarrage de l’action. D’où l’importance d’une procédure d’approche à votre défi qui soit efficace et solide. Ne laissez rien au hasard. Vivez l’instant et vivez le avec le maximum de plaisir !;)

Un membre de l’équipe Hayabusa à la porte prêt à démarrer son saut avec son équipe lors des championnats du monde indoor 2019.

Mots clés : Calme, serein … mais déterminé !

Les postures mentales propices aux Brain locks

Comme je le disais en introduction, il peut y avoir deux postures ouvrant la porte aux démons Brain locks : la panique ou la routine, toutes deux liées aux deux situations extrêmes que sont respectivement pour chacune d’entre elles le stress de surpression et le stress de sous pression.

 

Le terrain des enjeux

Voici une représentation de ce que l’on appelle le terrain des enjeux qui délimite ces deux zones où s’exercent le stress de surpression et celui de sous pression.

Le stress de surpression est le plus connu de tous. Nous connaissons tous cette fameuse boule au ventre en compétition qui parfois nous fait perdre les pédales. Ce stress de surpression se caractérise par une sensation d’incertitude majeure quant à nos capacités à faire face à la situation lors de  l’action future. Quand la perception de l’enjeu à venir dépasse de loin la perception de notre auto efficacité à soutenir l’enjeu de la situation, l’état mental se place dans une posture dite « de panique ». C’est dans des états mentaux proches de la panique qu’en général se produisent le plus logiquement les Brain locks. Concrètement, le préfontal, qui en principe travaille pour ajuster les mouvements fins,  les émotions, la concentration, et finalement ouvrir le champ à l’intuition, ne tient plus la force de pression de la soupière (c’est une image bien évidemment …) soulevée par un mental en ébullition dû à un degré d’incertitude majeur. Le cerveau aura tendance alors à basculer en mode automatique et ira chercher à répondre rapidement à la situation, mais pas aussi finement que s’il s’y est préparé. C’est alors que les mauvais réflexes ressortent, que la souplesse s’effondre (passage en force et crispation …), et surtout que l’attention exogène et large, rapide et automatique, s’oriente telle un ressort mal maintenu (relâché par une concentration exsangue), vers toutes sortes de distorsion du continuum d’action. Le champ attentionnel passe en système d’évaluation de la situation. Chronique d’un brain lock annoncé !

Représentation schématique à l’aide du MPM (Modèle de Performance Mentale / Méthode Target) de la sensation de panique  liée à un stress de surpression.

Le stress de sous pression est le moins connu mais pourtant bien réel. Et il peut expliquer certains Brain locks. Le stress de sous pression est l’opposé de celui de sur pression. C’est-à-dire que la perception que l’on se fait des enjeux à venir est bien en dessous de la perception (parfois fausse) que l’on se fait de notre propre auto efficacité à faire face à la situation. Cela a pour effet de mettre le mental dans une situation dite de « Routine ». C’est l’état mental lié à la démotivation et/ou à une relative surestime de soi qui peut être très dangereuse en termes de performance. En effet cette survalorisation de soi, cette sur-confiance peut induire une baisse de vigilance vis-à-vis de l’action future. Une fois dans l’action, le niveau d’alerte de l’attention (capacité d’être engagé ou de pouvoir ré-engager son attention dans  l’action), est amoindri, voire désactivé. C’est la meilleure façon de laisser la porte ouverte aux Brain lock !

Ce phénomène de Brain lock de sous pression existe principalement lors de sauts dit de grande formation où un trublion se trompe de place et/ou ne se souvient plus où il doit apponter sur la formation ! Cela s’explique parfois par de la sur confiance et/ou une sous estimation de la difficulté perçue => baisse d’attention par peu ou pas d’effort pour maintenir la concentration à un niveau optimal => Brain lock !

Représentation schématique à l’aide du MPM (Modèle de Performance Mentale / Méthode Target) de la sensation de sur-confiance  liée à un stress de souspression.

Comment aider son coéquipier à ne pas avoir de Brain lock ?

Un Brain lock peut avoir un impact émotionnel assez important sur la personne qui fait le brain lock. D’autant plus que cela peut avoir des répercutions sur l’estime de soi (de lui en l’occurrence …). Les équipes n’apprennent en général pas à traiter la situation de brain lock correctement. En effet, la première intention sera de vouloir rattraper le temps perdu, ce qui met le feu à la grange encore plus… Cette faculté de rebasculer rapidement dans l’action est la clé. C’est pourquoi il faut apprendre à rester de marbre quant aux émotions et de ne pas laisser flancher l’estime de soi,  car cela aura un effet grossissant sur l’erreur légère. Pour cela, la cohésion et la confiance d’équipe est primordiale.

“La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle même”

Un climat de confiance, de cohésion et de bienveillance doit être installé en permanence. Pour deux raisons :

  • Le plus fébrile de l’équipe émotionnellement parlant sera le premier à faire un brain lock car il aura peur de se faire rabrouer.
  • Le plus solide de l’équipe émotionnellement et/ou techniquement sera le deuxième à faire un brain lock car il aura tendance à “surveiller” le plus fébrile, qui lui même ressentira négativement cette surveillance.

Attention aux cercles vicieux !

Bref ! C’est un cercle vicieux qui s’installera petit à petit. La peur d’avoir peur amène la peur ! Roosevelt disait :”La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle même”. Cela veut dire que focaliser sur la crainte du brain lock fera avoir un brain lock par l’installation d’un cercle vicieux (c’est à dire un déclenchement de croyances négatives et limitantes) qui est une conséquence de l’attitude que l’on a vis à vis de la situation problématique (en l’occurrence celle d’avoir un brain lock). La crainte d’avoir un brain lock fera focaliser sur cette crainte qui sera probablement la cause initiale du brain lock par effet de zoom et de focalisation excessive sur Soi pendant l’action + une surveillance malveillante d’un membre de l’équipe => ceci ne fera que renforcer la croyance que quoiqu’il se passe, je ferai un brain lock. Cette croyance limitante peut-être ravageuse pour la confiance (Estime) si elle s’installe durablement chez une personne. Personnellement j’ai eu à lutter fortement contre une pareille croyance dans le cadre de sauts de libre à 4 … (Je vous raconterai à l’occasion).

Comment aider quelqu’un à s’en sortir ?

Une bonne cohésion d’équipe, un travail de bienveillance de la part des leaders sur les plus fébriles permettra de se libérer de cette crainte du brain lock. Et quand bien même si un brain locker devait en faire un, s’il se sait soutenu moralement par son équipe qui acceptera cette petite défaillance et lui dira “c’est pas grave”, sont réengagement dans l’action se fera bien plus rapidement car il ne laissera plus d’empreinte émotionnelle et son estime ne sera plus autant affectée qu’avant. Ce qui lui permettra de mettre à bas cette croyance limitante.

Personnellement j’ai eu à traiter dans l’une de mes équipes un cas de personne avec une tendance à s'”auto détruire” du point de vue de l’estime et de la confiance pendant l’entrainement. La conséquence est que les brain locks ont augmenté de manière significative. C’est à dire beaucoup trop :). Mon travail en tant que leader a été de le soutenir et de l’aider à se reconstruire plutôt que de le rabrouer. Même si j’estimais qu’il se compliquait un peu trop la vie tout seul, il fallait l’aider à se sortir de cette spirale de la déconfiance. Je vous passe les détails mais rien que d’avoir compris sa situation et l’avoir soutenu moralement il s’est reconstruit. Le jour de la compétition il a été l’un des plus solide mentalement et n’a fait aucun brain lock … Le paramètre confiance collective et confiance individuelle est déterminant sur le traitement des brain locks 😉

Confiance individuelle, collective … comment ça fonctionne ? Ce sera le sujet d’un futur article !:)

équipe de VR4 en pleine action

Conclusion

Vous voyez donc que l’origine des Brain lock peut s’expliquer plus ou moins bien et qu’ils peuvent éventuellement être largement évités. Je me souviens avoir eu une période en équipe de France à 8 où j’étais victime de Brain locks. J’ai cherché à comprendre. J’ai compris que j’avais tendance, sans doute, du fait de mon métier de coach, à plus ou moins chercher à analyser les situations pendant l’action. C’est ce que l’on fait lorsque l’on vole beaucoup avec les équipes que l’on coache : on cherche à comprendre pour corriger au plus vite entre deux vols. Je me suis rendu compte que cette tendance était ancrée et qu’elle me desservait dans mes propres performances. J’ai donc eu à apprendre à réorienter mon champ de concentration vers la bonne direction : celle de l’action !

Tout ça pour dire qu’en général c’est bien le mode de concentration sur l’évaluation du SESA de Méthode Target qui explique bien des Brain locks. Si vous ne devez retenir qu’une chose de mon long propos sur le Brain lock : Ne vous parlez pas, ne jugez pas, n’évaluez pas la situation en cours d’action ! Improvisez, adaptez vous et dominez !:)

D’autre part, soyez attentif à votre posture mentale. Si vous êtes très sensible au stress de surpression, travaillez vos faiblesses. Il existe des méthodes pour ça. Si vous êtes un peu trop confiant en vous, soyez sûr que tôt ou tard il vous arrivera un pépin ;). Les grands champions sont toujours humbles car ils savent qu’une performance parfaite se mérite et se travaille, et qu’ils ne sont pas infaillibles …

Témoignages

Pour terminer cet article je voulais laisser la parole à d’autres champions de Vol relatif afin qu’ils vous donnent leur point de vue sur ce thème de la gestion du Brain lock. Vous êtes chanceux car ce sont sans doutes parmi les plus grands champions de la décennie et ils nous livrent des secrets de leur faiblesses … qu’ils ont su transformer en force 🙂

En rouge, la traduction des propos des champions anglo saxons. Puis après ce signet => mon commentaire, mon analyse sur leurs propos.

Paul Hofstee

Paul Hofstee

Néerlandais, membre de l’équipe nationale de vol relatif à 4 allemande. Compétiteur de très haut niveau avec de très nombreuses années d’expérience de la compétition.

Why I have them somethimes: /pourquoi j’ai des brain locks parfois

  • not focussed enough on the jump (taking the jump ‘to easy’). Pas assez concentré sur le saut (sur l’action). Je prends le saut un peu trop à la légère => Paul fait référence à mon passage sur le stress de sous pression c’est-à-dire de ne pas placer le saut à un niveau d’enjeu suffisamment élevé finalement.
  • not focussed enough on the target. Pas assez concentré sur la “cible” => Paul fait clairement référence à SESA => rester dans le A
  • not rested / slept enough. Pas assez dormi / reposé => Paul fait référence à la disponibilité énergétique nécessaire et indispensable pour être disponible dans l’action. Cela va de soi et c’est pourquoi je ne l’ai pas mentionné dans mes propos. Mais sachez que ce paramètre est déterminant pour une performance mentale de qualité.
  • I should not debrief during the jump, only focus on myself. Je ne devrais pas débriefer pendant le saut, me concentrer uniquement sur ce que j’ai à faire => Paul fait reference au E de SESA c’est à dire ne pas évaluer les performances du saut pendant l’action mais se recentrer sur son action.
  • If my teammates steal my key (I’m inside center 4-way), then I get distracted easily. Quand l’un de mes coéquipiers me “vole ma clé*” (alors que c’est à lui de la faire = action programmée), alors je me fais distraire plus facilement => Paul fait référence au champ attentionnel qui est perturbé. Il prévoit de faire cette « clé », on lui vole, il le voit, son champ attentionnel s’oriente vers l’extérieur de son action programmée et le perturbe (analyse, évaluation, jugement car il n’est pas content J. Cela est effectivement une cause régulière de Brain lock ! Ne volez pas les clés ! (et c’est moi qui dit ça …)

*Pour le profane : la “clé” est le signal que donne l’un des membres de l’équipe pour dire que la figure est faite et que l’équipe doit passer à la suite.

  • Not breathing good (to hushed / short breathing), brain get not enough oxygen. Quand je ne respire pas bien ou pas assez (trop saccadé). => Paul fait référence aux bienfaits de la respiration, chose que j’ai évoquée sans trop m’attarder mais qui effectivement joue un rôle essentiel dans une performance. Que ce soit d’un point de vue physiologique évidemment (pour les besoins en Oxygène du corps et notamment du cerveau, grand consommateur en O2 et sucres) que pour la gestion du stress. En effet, Il suffit de quelques minutes de respiration abdominale (aussi appelée respiration ventrale) pour faire chuter votre taux de cortisol (hormone du stress) et stimuler votre système nerveux parasympathique afin qu’il vous fasse revenir au calme.
  • Doubts in my head, can I do it ?. Les doutes dans ma tête. Est-ce que je peux le faire ? => Paul ici fait référence au sentiment d’auto efficacité (confiance). Cette confiance doit être consolidée tout au long de l’entrainement. Entrainez vous comme vous compétitez … Compétitez comme vous vous entrainez !
  • I really think that we / in skydiving, we underestimate the use from mental coaching (healthy body = healthy mind), but also stretching, teambuilding, the right / healthy food, and communication in the team. Je pense qu’en parachutisme en général on sous estime l’utilité d’un coaching sur le mental, mais aussi le stretching, la cohésion d’équipe, la nutrition et la communication au sein de l’équipe => Paul fait référence à toutes ces petites choses qui sont souvent délaissées mais qui peuvent faire la différence pour une performance solide et régulière.
  • I think that World champions (like yourself) are constantly busy with these things, to become better. Je pense que des champions du monde comme toi sont constamment en train de travailler sur l’optimisation de ces choses là pour devenir encore meilleur. => Paul a parfaitement raison J.

Brian Krause

Brian Krause

Multiple champion du monde de Vol relatif à 8, ancien capitaine re-fondateur de l’équipe des Golden Knights à 8 (équipe nationale américaine, US Army)

How do they come up ? Why do they come up ? When do they come up ? Comment, pourquoi et quand surviennent les brain locks ?

For me personally, Brain Locks happen during a mid-air debriefing, when I am trying to figure out a problem in either a block turn or a build. I feel as though all of my attention gets focused on the problem at hand and in turn, I become the problem having Brain Locked! Pour moi personnellement, les brain locks apparaissent quand je fais un debriefing pendant l’action et que je cherche à comprendre et analyser ce qui se passé dans un block (movement de groupe) ou une construction de figure. Toute mon attention se focalise sur le problème de situation et finalement c’est moi qui deviens le problème en ayant un Brain lock !

=> donc ici BK nous énonce clairement le mécanisme le plus courant d’apparition du Brain lock et que j’ai énoncé plus haut dans l’article : Une focalisation particulière sur un évènement particulier (et non conforme au continuum d’action programmé) (Champ E – Evaluation) qui le sort de son champ de l’action(A).

How they can be avoided ? Comment peuvent-ils être évités ?

Confidence in yourself and mentally preparing yourself. I “Dirt Dive” quite a bit and occasionally find myself dirt diving the jump too much. When I realize this, I try to mentally relax my mind and believe in myself and the mental prep time that I already put in. La confiance en soi et se préparer mentalement sont les clés. Je briefe (le saut dans ma tête) de manière assez soutenue et m’aperçois parfois que j’en fais de trop. Quand je le réalise, je tâche de relâcher mentalement mon esprit et croire en moi (au lieu de répéter inlassablement) et de la préparation mentale que j’ai déjà accomplie pour aborder ce saut.

=>  Donc ici BK confirme que malgré un palmarès et une expérience énorme, il éprouve le besoin de visualiser son saut. Parfois trop et il sent le danger de ce phénomène. Souvenez vous lorsque je parle du risque d’ « idéalisation » du saut du fait de trop répéter mentalement le saut. Il est vrai que se raccrocher à cette visualisation intensive du saut permet de se rassurer quelque part au fond de soi. Cette répétition mentale est là pour protéger les compétences le temps de l’attente dans le « juste avant l’action ». BK opère alors un lâcher prise, se repose finalement sur la confiance qu’il a en lui  (de son auto efficacité à répondre à la situation) et de la préparation qu’il a faite en amont. Il opère ce qu’il appelle un relâchement (relax my mind) mental. Le « sur-briefing » est un signe avant coureur de haut stress en général J. Ne sur-dosez pas votre briefing, relâchez vous physiquement et mentalement et lâchez prise.

 

When there is a problem during a skydive, I try to remind myself to stay “In the Moment” and keep pressing forward with all of my focus. Quand un problème survient pendant un saut, je tâche de rester « dans l’instant présent » et de continuer d’avancer en restant concentré.

=> BK nous décrit parfaitement ce que j’ai décrit comme étant le « Switch express » ou les 2 R (de méthode Target – traitement de l’erreur légère) à savoir rester dans le présent, ne pas regarder en arrière, rester focalisé sur l’action. Tout ça se passe très vite dans la tête d’un champion du monde en pleine performance. Cette procédure, quoique très simple d’aspect, nécessite de s’y entrainer en se confrontant à la réalité le plus régulièrement possible (à l’entrainement bien entendu). En entrainement, fixez vous des objectifs forts, augmentez la prise de risque pour aller explorer vos capacités et vos comportements lors d’erreurs commises du fait d’une augmentation de rythme. Et voyez comment vous réagissez, ce que vous pourriez améliorer pour augmenter votre résilience et l’efficacité du switch express. Avec le team France indoor en 2019, c’est ce que nous avons fait systématiquement une fois le gros de la technique acquis. Nous avions peu de temps pour nous entrainer et arriver au niveau des américains, Qataris et Russes. Il fallait voir comment nous allions nous comporter « à balles réelles » et dans une course serrée entre 4 équipes fortes. Des erreurs nous savions que nous allions en faire vu la vitesse à laquelle il nous fallait voler pour espérer accrocher le top mondial du VR8 indoor. Alors il nous fallait nous y confronter quotidiennement pour apprendre de ces erreurs et nous renforcer dans leur traitement.

I try to not only get the flow in my head, but also in my muscles and feet. I have found that sometimes your body will just take over in the event that the mind hesitates. Je tâche non seulement de rester en fluidité dans ma tête mais aussi dans mes muscles et mes pieds. J’ai trouvé que parfois le corps va prendre le dessus au cas où le mental hésite.

=> BK nous livre là une information fondamentale. Premièrement, il parle de fluidité de corps en sus de celui du mental. Et c’est parfaitement ce qu’il faut faire pour rester dans l’action et connecté au présent : ne pas se crisper mais plutôt se relâcher pour ne pas contredire les automatismes et mieux percevoir physiquement son environnement. Quand il nous dit que parfois le corps prend le dessus quand le mental hésite, il nous décrit parfaitement ce qui se passe dans l’action lorsque l’intuition prend le dessus. Rester connecté à ses sensations et à l’action, suivre le mouvement, rester fluide, s’adapter et suivre son instinct sont les grandes caractéristiques des grands champions au plus fort de leur art !:)

Une anectdote, un secret pour éviter les Brain locks?

Years ago while I was on the Golden Knights, we tracked everything to include Brain Locks. At the end of the day, the person with the most brain locks had to clean the bathrooms at our training facility. This was a job that no one wanted! Il y a quelques années lorsque j’étais dans l’équipe des Golden Knights, on répertoriait toutes les sortes d’erreurs techniques dont les Brain locks. A la fin de la journée, celui qui avait le plus de brain locks devait aller nettoyer les toilettes … Un travail que personne n’aimait faire !

=> Se discipliner à ne pas avoir de Brain lock est important. Il ne faut pas les prendre à la légère, se trouver de fausses excuses, mais trouver le plus vite possible un moyen de les empêcher de survenir. Ils sont forcément la conséquence d’un dysfonctionnement quelque part dans votre façon de procéder mentalement au cours de l’action et / ou en amont de l’action ! Sans aller jusqu’à la menace de vous faire nettoyer les toilettes, un effort doit être fait en permanence de la part de chacun des coéquipiers pour que l’équipe puisse avancer en harmonie. Le Brain lock est une cause première de « frictions » au sein des équipes de vol relatif. Si vous voulez maintenir une bonne cohésion au sein du groupe, chacun doit faire l’effort de faire en sorte que les Brain locks ne viennent pas perturber cette belle harmonie et le plaisir de voler tous ensemble.

Julien Degen

Julien Degen

France. Champion du monde de Vol relatif à 4 et à 8. Membre de l’équipe de France indoor de VR4 en 2019.

 

“Je me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes étaient plus sujettes au brain lock que d’autres. Avec l’expérience et les années de coaching, je commence à pouvoir l’expliquer.

En ce qui me concerne, dans ma carrière, j’en ai toujours eu très peu en entrainement mais deux en compètes dont je me souviens très bien.

Le premier était lors du championnat du monde à 4 en 2008 avec le block 10. C’était tellement rare que Mathieu m’avait dit : «  toi qui fait jamais de brain locks, t’en tape un pendant le championnat du monde… ! »

A cette époque, je n’ai pas pu vraiment l’analyser ni l’expliquer.

Le second est arrivé lors du championnat du monde 2014. Pire souvenir de toute ma carrière, mauvaise prise en « H »  3 cycles de suite !

Et je ne m’en suis pas rendu compte pendant le saut, c’est au posé que Mathieu m’en a parlé.

Après réflexion et discussion avec d’autres compétiteurs, je me suis rendu compte que je stressais beaucoup dans cette équipe, je mettais toute mon attention sur le vol des autres plutôt que de me concentrer sur moi et mon boulot.

Le saut était avec notre pire block, le 19, toute mon attention était sur ce block et mes coéquipiers et tout ce qui se passait  à côté était flou, je ne voyais rien d’autre que ce block.

C’est donc, d’après moi, le stress et un excès d’analyse sur un détail plutôt que sur le saut dans son ensemble qui m’a fait faire cette erreur.

A ce jour, j’explique à mes équipes que les brain locks arrivent principalement par un manque de confiance en soi, en la technique, en l’équipe.

Beaucoup de compétiteurs ont des brain locks en compétitions lorsqu’ils font des manches avec leurs points faibles, et comme moi ils se concentrent trop ou mettent beaucoup de stress sur le point faible et perdent le fil.

Mais aussi par un manque de capacité à switcher en cas de bug.

D’autres ont des brain locks car ils pensent trop pendant les vols et perdent ensuite le fil du saut.

Les compétitions indoor sont beaucoup plus stressantes que les compètes d’avion. Il est beaucoup plus difficile de rester concentré avant et pendant les vols vu le nombre de personnes et la promiscuité.

Il faut donc apprendre à gérer ce stress.”.

=> Je n’ai rien à ajouter. Julien nous confirme toutes les théories vues plus haut dans l’article. Il énonce clairement le phénomène d’évaluation en cours d’action (“excès d’analyse sur un détail plutôt que sur le saut dans son ensemble “), la confiance (“manque de confiance en soi, en la technique, en l’équipe”) qui va induire un phénomène de focalisation sur Soi au moment de l’action par nécessité technique, la capacité de traiter les erreurs légères (“par un manque de capacité à switcher en cas de bug”) alias le switch express, l’outil indispensable du compétiteur en Vol relatif. Julien nous parle aussi de ce phénomène de distraction environnemental lié aux compétitions en soufflerie où le public qui vous regarde ainsi que vos adversaires (et parfois même les juges !) sont à seulement quelques mètres … Il énonce la difficulté supplémentaire à se concentrer en pareilles circonstances et qui peuvent être sources de Brain lock puisque le champ attentionnel sera perturbé. Pour éviter cela il faudra accroitre et mieux orienter sa force de concentration vers les champs attentionnels adéquats.

Marin Ferré

Marin Ferré

France. Multiple champion du monde de Vol relatif à 4 (99 et 2003) en tant que performer mais aussi en tant qu’entraineur de l’équipe de France féminine et Open (2010 notamment).

 

Alors Marin, et je le reconnais bien là, m’a écrit un livre quand je lui ai demandé son avis sur la question de Brain locks :)))). Lisez tout car c’est très complet et très intéressant ! Tant pis pour la longueur de l’article !

Marin écrit :

“Suivons la réflexion avec un relativeur en pleine action, une manche de compétition avec la séquence 22-H-5 par exemple. Ce compétiteur enchaine ses mouvements en synchronisation avec ses équipiers et … le brainlock. Ce qui s’est réellement passé est souvent assez confus. On parle de trou de mémoire, d’absence, de perdre le fil. On en garde généralement le souvenir qu’il y a d’un coup trop de choses à gérer, tout va trop vite, qu’on n’arrive plus à garder le contrôle et la lucidité pour maintenir le déroulé de la séquence.

Comme pour mon accident de voiture, on peut essayer de comprendre d’où vient l’erreur :

  • Savoir-faire technique insuffisant, par rapport au niveau souhaité ?
  • Niveau de risque choisi, c’est-à-dire que l’équipier et/ou l’équipe a voulu aller trop vite pour son niveau actuel ?
  • Capacité d’attention et de concentration déficiente ?
  • Niveau de fatigue ayant entrainé l’erreur ?

 

Savoir-faire technique

Le savoir-faire technique est la capacité d’un relativeur à maîtriser ce que j’appelle « les pièces du puzzle », c’est-à-dire toutes les figures et blocs du « divepool » qui composent les séquences de Vol relatif à enchainer le plus rapidement possible. Ce que j’entends par « maîtriser », va au-delà de savoir réaliser les mouvements en utilisant l’intellect et la mémoire usuelle mais bien de parvenir à réaliser les bons mouvements sans vraiment avoir besoin d’y réfléchir, exactement de la manière où je passe mes vitesses quand je conduis. L’automatisation, par le drill (répétition à gros volume), est donc essentiel pour faire passer les mouvements dans la mémoire procédurale. Pour parler de cela, j’aime particulièrement l’image anglo-saxone de « muscle memory », qui donne à imaginer que les muscles sont capables, de façon autonome, de se souvenir et restituer un geste technique parfaitement réalisé sans avoir besoin du cerveau (qui a déjà bien assez de boulot comme ça le pauvre). Il va donc de soi que plus l’équipe est entrainée, plus la charge mentale des athlètes s’allège, moins le risque de brainlock se fait sentir.

Mais comment pouvons-nous encore réduire le risque de brainlock à volume d’entrainement égal ?

Si on prend la liberté de faire un parallèle un peu osé entre le VR4 et d’autres sports, dans un plan d’entrainement classique, les coureurs de fond et demi-fond vont commencer une période de préparation par une phase dite d’« endurance fondamentale ». Le but est d’habituer le corps à courir, surtout pas trop vite, sur 10, 20, 100 km avec une foulée légère, fluide, régulière, efficace et économique. Cette phase est indispensable avant de commencer à parler de vitesse par différents exercices spécifiques.

Un peu sur le même modèle, notre équipe de VR devra enchainer des séquences relativement simples sur des sessions de 1mn30 ou 2 min en soufflerie, ou des sauts à 4000 m (1 min de chute environ). Un peu comme pour les coureurs, le relativeur s’habitue à voler ses séquences, surtout pas trop vite, en respectant une technique de vol légère, fluide, régulière, efficace et économique. Cette phase est tout aussi indispensable avant de commencer à parler de vitesse par des sessions courtes et intenses, ou des sauts à 3000 m, voir 2000 m, et s’apparentant à une manche de compétition.

En tant que coach, j’ai toujours considéré que si cette phase d’apprentissage des mouvements fondamentaux est bien respectée, une majeure partie du risque de brainlock à l’entrainement et en compétition est supprimé. Or, notre sport a cette particularité de coûter très cher. Il est dans notre ADN de parachutistes d’essayer d’optimiser le temps et l’argent, de raccourcir et superposer les différentes phases d’entrainement, en voulant voler trop vite trop tôt et, sans technique suffisamment automatisée. Bref, le parachutiste moyen n’est pas assez patient ! 😊

Selon mon expérience d’entraineur, les brainlocks à répétition d’une équipe ou d’un équipier sont souvent symptomatiques d’un plan d’entrainement (ou de progression) ayant manqué de bonnes bases techniques fondamentales.

Si je fais un parallèle entre le compétiteur et un ordinateur, disons que si mon logiciel « compétition VR4 » est mal conçu, personne n’y pourra rien, ce logiciel fonctionnera mal et subira par ce fait régulièrement des bugs sous forme de brainlocks ou autres erreurs.

Niveau de risque choisi

Le dilemme est simple : plus un relativeur cherche à enchainer sa séquence de figures le plus rapidement possible, plus il doit traiter les informations rapidement, plus il augmente le risque d’une surcharge mentale le conduisant tôt ou tard au brainlock. Ce relativeur va donc s’efforcer de trouver son niveau de risque optimal, cette « ligne rouge » au-delà de laquelle tout va trop vite pour garder le fil conducteur de la séquence.

Reste le plus difficile : se mettre d’accord entre les 4 ou les 8 équipiers sur où se situe cette ligne rouge afin de définir clairement et respecter cette ligne rouge commune. C’est à l’entrainement, en dernière phase de préparation, que ce travail doit être fait, en partant d’une zone verte confortable et peu risquée et en poussant très progressivement le rythme vers la ligne rouge. Si ce travail n’est pas bien réalisé, si chacun gère son niveau de risque (la vitesse ressentie, donc) individuellement, les brainlocks vont apparaître naturellement. Il y aura toujours un équipier qui se sentira en compétition contre ses propres équipiers, et donc en très mauvaise disposition mentale vis-à-vis du brainlock et de l’état de lucidité. Evidemment, une mauvaise définition de la ligne rouge commune à respecter va entrainer de la désynchronisation dans le déroulé de la séquence. La désynchronisation est un nid à brainlock en plus d’un risque de fautes accru. Particulièrement, au poste de N°1, en tête de figure, positionné dos aux figures généralement, la sensation des grips se faisant de manière désynchronisée est souvent insupportable pour comprendre ce qui se passe à l‘arrière.

Une belle manche de compétition, c’est quand l’équipe se cale sur un même rythme, très légèrement en dessous de la ligne rouge sur les 10 premières secondes, puis exactement sur la ligne rouge jusqu’à la 35è seconde, avec cette sensation particulière d’interconnexion parfaite, de mise en résonnance, entre tous les équipiers.

Au contraire, dès que des rythmes et des envies de vitesses différentes apparaissent dans le vol de l’équipe, le brainlock ne tarde généralement pas à arriver. Parfois même sur la manche suivante car le vers est dans le fruit …

Si je fais de nouveau le parallèle entre un relativeur et un ordinateur, je pourrais dire que cette fois-ci le logiciel « VR4 compétition » est parfaitement au point et performant mais qu’il y a un problème de configuration ou de paramétrage qui crée des bugs sous forme de brainlocks ou autres erreurs.

Capacité d’attention : gérer ses pensées et ses émotions

Malgré tout ce qui a été vu plus haut, il arrive encore qu’une bonne équipe, bien entrainée et aboutie techniquement soit en train de dérouler le saut de sa vie, bien synchronisé, calé sur la ligne rouge, peut-être même un boulevard vers la victoire … Bref tout se passe plutôt bien, et l’un des équipiers « décroche », le brainlock survient de façon totalement inattendue.

Pour expliquer cela, on peut chercher du côté de la capacité d’attention. On entre alors dans le domaine de spécialistes que je ne suis absolument pas. Les idées et concepts qui suivent ne sont que ma manière d’imaginer les choses.  Elles sont alimentées par des lectures diverses dans le domaine du coaching sportif, mais aussi plus largement de la méditation, hypnose, PNL, Neuroscience.

A priori, il n’y a aucun risque de brainlock à partir du moment où le relativeur « connait la leçon », c’est-à-dire maîtrise en temps normal sa séquence et qu’il consacre l’ensemble de ses ressources mentales à cette séquence et uniquement à cette séquence. Or, il est en fait extrêmement difficile de ne laisser entrer que le bon nombre de pensées utiles dans sa bulle mentale sans laisser entrer des pensées parasites diverses. Les pensées parasites, pour moi sont tout simplement celles qui ne servent à rien. Exemple :

  • Pourvu que les juges fassent leur boulot correctement.
  • La victoire est proche.
  • Est-ce que mes équipiers vont assurer ?
  • Est-ce que je vais assurer ?

Pour des raisons pratiques, je prends en exemples des pensées sous forme de phrases mais les pensées peuvent être juste des sortes de « flash » qui prennent la forme d’images, d’émotion, de croyance qu’on ne voit ni arriver, ni repartir.

Si ces pensées sont chargées d’émotion, leur intrusion dans votre « poste de contrôle mental » est encore bien plus néfaste :

  • Pourvu que ces p*** de juges fassent leur boulot correctement !! (colère)
  • La victoire est proche !! (joie anticipée)
  • Est-ce que mes équipiers vont assurer ? (peur, manque de confiance dans les autres)
  • Est-ce que je vais assurer ? (peur, manque de confiance en soi)

« Le paradoxe, comme le montre le docteur Amen est que nous aurions 60 000 pensées par jour. Sur cette moyenne qui peut sembler énorme, combien de pensées choisissez-vous consciemment ? Peu. A priori, nous en choisirions moins de 10% avec notre volonté.

L’autre paradoxe est que, d’après les mêmes références, presque 90% de nos pensées sont récurrentes d’un jour sur l’autre.

Ainsi, non seulement la pensée « pense toute seule » – puisque nous ne choisissons pas toutes nos pensées consciemment -, mais elle aurait tendance à tourner en boucle et à ressasser » (Autohypnose et performance sportive, Manuel pratique d’entrainement mental de jonathan BEL LEGROUX).

Nous avons tous spontanément la certitude de maîtriser nos pensées mais il semble qu’il n’en est rien. C’est pour cela que cela nous joue parfois des tours quand une pensée parasite plus ou moins chargée d’émotion survient par surprise au mauvais endroit au mauvais moment.

Pour reprendre de nouveau mon parallèle entre un compétiteur et un ordinateur, cette fois-ci, le logiciel « VR4 compétition » est parfaitement au point et bien paramétré mais il se fait régulièrement attaqué par des malwares et autres virus qui créent des bugs sous forme de brainlocks ou autres.

Voici une photographie de l’état mental spontané et naturel d’un compétiteur, disons une minute avant sa mise en place d’une manche de compétition importante 22-H-5 :

Lorsque l’enjeux de la compétition est élevé, il est indispensable de savoir transformer cet état mental par quelque chose de bien plus adapté comme ceci :

Le risque de brainlock est bien moindre car le mental n’a gardé que l’essentiel utile à l’exercice. Il est plus facile de rester dans l’instant présent, en pleine conscience sur l’action présente.

Cette bulle d’attention qui protège l’athlète de l’agression des pensées nocives doit être construite par ce dernier. Seul l’athlète peut faire cet effort. Il peut utiliser des outils éprouvés de la préparation mentale mais seuls ses efforts et son intelligence pour les mettre en pratique pourront aboutir à un résultat positif. Attention, contrairement aux apparences, il s’agit d’un gros travail, au moins aussi exigeante qu’une préparation physique.

Si l’athlète réussit plus ou moins à retirer de ses pensées l’enjeux, la pression, les doutes, les distractions, les jugements, les croyances, on peut s’autoriser à penser que le terrain est favorable à une bonne performance personnelle.

                « … à chaque fois que je performe c’est lorsque je suis détaché du résultat » Simon Desthieu, équipe de France de Biathlon.

  • Niveau de fatigue

Malgré tout ce qui a été vu précédemment pour limiter le risque de brainlock du compétiteur de Vol relatif, cela peut encore arriver tout simplement parce qu’une certaine forme de fatigue empêche le mental de fonctionner correctement.

Il ne viendrait pas à l’idée d’un pilote de formule 1 de prendre le départ d’un Grand prix avec une voiture qui aurait des pneus pourris, un moteur usé, et un carburant de mauvaise qualité. Chez le relativeur, la voiture et le pilote ne font qu’un. Alors il n’est pas toujours si évident de se rendre compte qu’on manque de sommeil, qu’on est mal hydraté, qu’on a mal mangé. Il n’est surtout pas si évident de faire la relation entre une manche ratée et un déficit, même léger, de sommeil cumulé. Mais les études à ce sujet sont sans appel. Un athlète doit impérativement dormir ses 8h en moyenne par nuit afin que les quantités astronomiques d’informations qu’il a à traiter se rangent, s’enregistrent et se synthétisent de la meilleure façon possible.

En compétition, il n’est pas toujours possible d’avoir le bon nombre d’heures de sommeil avant l’épreuve pour diverses raisons : une arrivée sur le site de compétition tardive, un rendez-vous pour le début d’épreuve très tôt, un décalage horaire, une insomnie, bref les compétiteurs connaissent cette différence entre l’idéal et la réalité. Le bon compétiteur ne va jamais laisser le « coup de pas de chance » prendre le contrôle de la situation. Il va savoir s’adapter et trouver des solutions d’urgence : micro-sommeils réparateurs, exercices de relaxation par exemple.

Mais au-delà de ce conseil très basique, presque évident, il faut y voir une nécessité permanente, en période d’entrainement intensif et de compétition d’être très vigilant sur son hygiène de vie. Il faut toujours se demander si boire ce Coca à 20h, regarder ce film jusqu’à 23h, jouer à ce jeux vidéo durant 2h juste avant le début des épreuves, est le meilleur moyen d’optimiser sa performance à venir.

Comme disait Haile GEBRESELASSIE, légende vivante de course à pied sur Marathon :

“Sans discipline, nous ne sommes rien”

Dan Brodsky Chensfield

Dan BC
USA. Multi champion du monde de Vol relatif à 4 et à 8. Entraineur et manager de Skydive Perris en Californie. Auteur du célèbre ouvrage “Above All Else“.
-One reason people brain lock is because the formation is getting keyed before they’re ready.  They have the grip but aren’t mentally ready to go.  The team needs to have the correct key speed for the team at that level.  If you or I jump with an intermediate team but are keying like a 20+ average team we will absolutely lose them. Une des raisons pourquoi les gens font des brain lock est que très souvent la “clé” (cf Paul Ofstee) est donnée avant qu’ils ne soient prêts. Ils ont la prise dans la main mais ne sont pas mentalement prêt à poursuivre. Une équipe a besoin d’avoir le rythme des clés adéquat. Si toi ou moi sautions avec une équipe de niveau “intermédiaire” et que nous faisions des “clés” comme pour une équipe qui vole à 20+ points de moyenne, nous les perdrions très vite.
=>DanBC nous donne effectivement une raison majeur de mécanisme d’apparition de Brain lock : le désynchronisme du continuum d’action. Imaginez un chef d’orchestre ne suivant pas correctement la mesure, tantôt accélérant, tantôt décélérant. Les musiciens ne sauraient plus jouer correctement car ils seraient en train de se demander quel rythme suivre. Marin nous dit exactement ce que Dan nous dit là : travailler la synchronicité d’action de l’équipe est le meilleur moyen d’éviter les brain locks. Cela permet à chacun de se connecter collectivement à l’action et de conserver le pouvoir d’une concentration sur l’action. Toute désynchronisation majeure amènera automatiquement une perturbation du champ attentionnel individuel et ceci, comme nous l’avons décrit dans l’article, ouvre une porte grande ouverte aux brain locks.
-Anticipation (or not brain locking) needs to be trained.  People generally don’t train it.  Sometimes they have it and sometimes they don’t.  But you can actually train anticipation in your visualization and dirt dives.  FS competitors usually don’t plan to think of what the next point is until the one they’re doing gets keyed.  That is not anticipation.  Anticipation is knowing what you need to do before you need to do it.  In their visualization and dirt dives FS competitors need to practice anticipating by recognizing during a transition that the next formation is guaranteed to build and at that moment thinking of the next point before the one their doing is finished.  L’anticipation doit être entrainée. Les gens en général ne s’y entrainent pas. Parfois ils l’ont, parfois non. Mais il est possible d’entrainer l’anticipation par la visualisation et la répétition au sol. Des compétiteurs de vol relatif parfois ne pensent pas à ce que sera la figure suivante avant que celui qui vient d’être fait ne soit confirmé par la “clé”. Ce n’est pas de l’anticipation. Dans leur visualisation (imagerie mentale) et répétition au sol, les compétiteurs doivent s’entrainer à anticiper en reconnaissant les choses qui montrent que la figure qui se construit est garantie de se faire  tout en pensant déjà à la figure suivante avant même que celle qui est en train de se construire ne soit finie de construire.
=> Ici Dan nous parle de la capacité à anticiper que chacun doit entrainer. La visualisation en imagerie mentale, comme décrite dans l’article dans les phases P2 du Attaquer fort est primordiale pour cela. Elle permet de défricher le terrain pour le cerveau qui pendant l’action n’aura pas à traiter des informations non reconnues par avance. C’est le pouvoir du cerveau que de pouvoir projeter mentalement des actions sur l’aire visuelle et même rappeler des sensations kinesthésiques, auditives, émotionnelles qui vous permettront de vivre l’action future dans votre présent. Anticiper c’est faire du futur un instant déjà présent.
-Another reason people brain lock is that they are trying to remember too many things.  I strongly suggest that any technique preparation needs be done on the ground and         re-enforced in the dirt dive.  Once you’re on the plane forget about the technical specifics and just visualize the feel of the jump and your anticipation. Une autre raison pourquoi les gens font des brain locks est qu’ils essayent de se rappeler trop de choses à la fois. Je suggère fortement aux gens de bien préparer techniquement au sol la future action (NDR : être dans le champ S – Stratégie du SESA) . Une fois dans l’avion en route pour le saut, oubliez les spécificités techniques et visualisez simplement la sensation générale du saut et l’anticipation.
=> Ici Dan fait référence au fait qu’il est difficile de se rappeler de tous les détails pendant l’action. En effet on a vu que pour l’attention, il est compliqué d’être orientée à la fois sur un champ tourné vers l’action (extérieur étroit) et en même temps tourné vers le Soi (S de SESA). En effet cela compromet l’action comme on l’a vu plus haut. Laissez l’intuition se faire au moment de l’action. Détachez vous du “Soi” et focalisez uniquement sur l’action.
-Another cause for brain locks is people need to calm the fuck down. Une autre raison qui cause les brain locks est que les gens doivent apprendre à se calmer.
=> c’est compris jeunes héros ? Apprenez à gérer votre énergie !:)

There are many mistakes we can make when doing 4 or 8way.  But the one mistake people fear the most is brain locking.  For some reason making this mistake has a bigger impact on someone’s self esteem than making any other mistake.  One of the reasons people fear it so much is not because the brain lock itself causes the team to lose that much time but because the team’s response to the brain lock causes lots of time.  For instance someone has a brain lock and isn’t on the formation or is just getting on and it gets keyed before the team is ready causing several more seconds of confusion.  If the team had just paused for a second and let the person with the brain lock recover it wouldn’t have taken any where near as long to fix.

 

I watch teams dirt diving and they “practice” freaking out and getting frustrated when they have a brain lock.  They don’t intend to but that’s what they do.  Someone brain locks, becomes frustrated, looks away, walks away.  They  basically practice this fucked up response.  When the person with the brain lock and the team should practice staying calm, looking to the center, fixing the problem and picking back up where they left off. Because teams generally respond so poorly when someone brain locks the teammates fear brain locking and because they fear it so much it happens more often. Il y a beaucoup d’erreurs que nous pouvons faire en faisant de 4 ou du 8. Mais la seule erreur que les gens craignent le plus est le Brain lock. Pour certaines raisons, commettre cette erreur a un impact plus important sur l’estime de soi  que de commettre toute autre erreur. L’une des raisons pour lesquelles les gens le craignent tant n’est pas parce que le brain lock lui-même fait perdre autant de temps à l’équipe, mais parce que la réponse de l’équipe au brain lock entraîne beaucoup de temps. Par exemple, quelqu’un a un brain lock et n’est pas sur la formation ou est juste en train d’y arriver et que la clé est donnée avant que l’équipe ne soit prête, ce qui provoque plusieurs secondes de confusion. Si l’équipe venait de faire une pause d’une seconde et de laisser la personne avec le brain lock récupérer, il n’aurait pas fallu autant de temps pour réparer. Je regarde les équipes s’entrainer au sol et elles “s’entraînent” à paniquer et à être frustrées lorsqu’elles ont un brain lock. Ils n’en ont pas l’intention, mais c’est ce qu’ils font. Quelqu’un fait un brain lock, devient frustré, regarde ailleurs, s’éloigne. Ils pratiquent essentiellement cette réponse foutue. Quand quelqun a un Brain lock l’équipe doit s’entraîner à rester calme, à regarder vers le centre, à résoudre le problème et à reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Parce que les équipes réagissent généralement si mal quand quelqu’un fait un brain lock, les coéquipiers craignent le brain lock et parce qu’ils le craignent tellement, cela se produit plus souvent.

=> Effectivement, Dan touche du doit deux choses : l’impact emotionnel que peut poser le brain lock sur la personne qui fait le brain lock. En effet, le risque, pour celui qui fait le brain lock est de prendre un coup dur au niveau de l’estime, ce qui surenchérit l’impact émotionnel d’un tel fait. Dan nous dit aussi que les équipes n’apprennent pas à traiter la situation de brain lock correctement. En effet, souvent les équipes se mettent à vouloir rattraper le temps perdu parfois ce qui met encore plus le feu à la grange … Dan décrit cette nécessité d’utiliser le Switch express finalement pour les équipes. Cette faculté de rebasculer rapidement dans l’action est la clé. C’est pourquoi il faut apprendre à rester de marbre quant aux émotions et de ne pas laisser flancher l’estime de soi pendant l’action, car cela aura un effet grossissant sur cette erreur légère. On improvise, on s’adapte, on domine ! Pour cela, la cohésion et la confiance d’équipe est primordiale. Un climat de confiance, de cohésion et de bienveillance doit être installé en permanence. Sinon, le plus fébrile de l’équipe émotionnellement sera le premier à faire un brain lock car il aura peur de se faire rabrouer. Sinon le plus solide de l’équipe émotionnellement sera le premier à faire un brain lock car il sera en train de “surveiller” le plus fébrile, qui lui même aura peur de cette surveillance. Bref ! C’est un cercle vicieux qui s’installe petit à petit. La peur amène la peur ! Roosevelt disait :”Rien ne fait plus peur que la peur elle même”. Il veut dire que que focaliser sur la crainte d’avoir un brain lock fera avoir un brain lock par effet de cercle vicieux. Une bonne cohésion d’équipe, un travail de bienveillance de la part des leaders sur les plus fébriles permettra de se libérer de cette crainte du brain lock. Et quand bien même si un brain locker devait en faire un, s’il se sait soutenu moralement par son équipe qui acceptera cette petite défaillance et lui fera savoir, sont réengagement dans l’action se fera bien plus rapidement car il ne laissera pas d’emprunte émotionnelle et son estime ne sera pas affectée.

Personnellement j’ai eu à traiter dans l’une de mes équipes un cas de personne avec une tendance à s’auto détruire du point de vue de l’estime et de la confiance. La conséquence est que les brain locks ont augmenté de près de 40 %. C’est à dire beaucoup trop :). Mon travail en tant que leader a été de le soutenir et de l’aider à se reconstruire plutôt que de le rabrouer. Même si j’estimais qu’il se compliquait un peu trop la vie tout seul, il fallait l’aider à se sortir de cette spirale de la déconfiance. Le jour de la compétition il a été l’un des plus solide mentalement et n’a fait aucun brain lock … Le paramètre confiance collective et confiance individuelle est déterminant sur le traitement des brain locks.

Confiance individuelle, collective … comment ça fonctionne ? Ce sera le sujet d’un futur article !:)

Roy Janssen

Roy Jansen

Netherland. Champion du monde à 4. Ex-membre de l’équipe Hayabusa. Membre de l’équipe de France indoor 2019.

Roy n’a pas eu le temps d’écrire sur le sujet mais nous avons eu un échange par écrans interposés dont je vais  vous retranscrire les grandes lignes.

 

Roy est connu pour être quelqu’un de très calme et concentré dans tout ce qu’il fait. Lors des compétitions on le voit visualiser son saut très profondément. Je lui ai posé des questions orientées vers ses techniques de visualisation afin d’enrichir un peu le thème. Car comme on l’a souvent dit tout au long de l’article, la visualisation ainsi que les instants dédiés à ça avant l’action sont très importants pour lutter contre les Brain locks.

Quand tu visualises ton saut qu’est-ce que tu vois ? Toi seulement dans l’action, l’équipe dans sa globalité ? Depuis la verticale ? Depuis ton point de vue ?

Roy me confie qu’il arrive à visualiser son saut quasiment en simultané sous 2 points de vue :

  • Le sien => on appelle cela une visualisation associée (VA)
  • Celui du videoman, c’est à dire verticale l’équipe => on appelle ça une visualisation dissociée (VD)

Cela lui permet de comprendre son action dans un mouvement d’ensemble où tout est lié. Une mauvaise compréhension du mouvement d’ensemble vous exposera fortement aux brain locks. La clé réside dans le fait de savoir conduire sa propre action tout en intégrant celle des autres. Cela évitera des “frictions” et diminuera d’autant le nombre d’erreurs légères (ou graves) susceptibles de déclencher des brain locks.

Pour y arriver il faut avoir une certaine expérience. Mais le visionnage d’innombrables  sauts (sur K7, DVD, CD roms) à laquelle notre génération a procédé (c’était tous ce qu’on avait à l’époque ;), pas de souffleries, pas de coach !) a indéniablement développé cette faculté de se dissocier mentalement de l’action alors que l’on réalise sa propre action (ou qu’on la visualise).

Conseil d’expert : pour réduire vos brain locks : Regardez des images de référence sur des modèles différents et imprégnez vous de leurs gestes, mouvements, attitudes en tâchant de les refaire mentalement. Servez-vous en comme outils d’apprentissage et objets de références. Vous augmenterez ainsi votre faculté de visualisation.

Yeux ouverts ou fermés ?

Roy me confie qu’il utilise les deux. Fermés quand il veut réellement se couper du monde extérieur. Mais il a peur parfois de s’endormir !:)

Ouverts lui permet de rester en contact avec l’extérieur.

Personnellement je garde un oeil sur l’extérieur et “colorise” avec le plus d’exactitude mes images mentales avec l’aspect extérieur réel afin que mon cerveau n’aie pas à être surpris de quoi que ce soit.

A quelle vitesse tu visualises ?

Tout dépend de la nature du saut. Si c’est un saut simple et sans surprise, la visualisation se fait à demi vitesse.

Si le saut est de nature compliqué, Il se voit dans l’action le plus lentement possible afin de bien prendre le temps de mémoriser ses futures actions, ses automatismes. Un saut est tours plein de détails qu’il faut inscrire dans la mémoire de travail à court et moyen terme. Laissez le temps au cerveau d’imprimer ces images afin que dans l’action celui ci est un sentiment de “déjà vu”.

Par contre quand Roy et son équipe répètent le saut debout, il voit le saut se dérouler quasiment à vitesse réelle. Mais c’est plus facile dans ce cas car on s’aide un peu des autres pour définir sa logique d’action.

Personnellement je visualise bien mieux mon saut quand je suis entouré de mes coéquipiers car je comprends mieux ma logique d’action et je vois mieux la figure dans son ensemble. Mais c’est personnel.

 

Est-ce que tu mets de l’émotion dans ta visualisation ?

Roy me dit qu’il ne met pas forcément d’émotion mais il tâche réellement de vivre le saut physiquement dans sa tête c’est à dire qu’il connait et retranscrit mentalement des sensations kinesthésiques liées aux mouvements qu’il aura à faire. Il cherche à sentir son corps dans l’action mentale.

 

Est-ce que tu visualises beaucoup en terme de temps ?

Roy me dit qu’il fait des périodes avec des petites série de visualisation (environ 12 x 1.5 min pour des sauts faciles environ et 10 x 2 min pour des sauts un peu plus compliqués) un peu comme le ferait un coureur ou un nageur avec des petites séries courtes. Ces séries sont réalisées pendant la période dédiée.

Il insert des breaks entre chaque car Il ne veut pas que ça lui coûte de l’énergie. Il ne faut pas que ça dure plus de 20 min.

 

Quand est-ce que tu places tes périodes de visualisation ?

En général il procède à une période immédiatement après la phase S (Stratégie) c’est à dire quand il a fini de travailler le saut sur les planches à roulettes avec son équipe. Dans ce cas si il éprouve une difficulté ou s’il a mal compris quelque chose il a encore le temps de demander à l’équipe de re-briefer avec lui pour reconsolider l’affaire.

Ensuite c’est régulièrement afin de conserver et protéger comme vu dans l’article. Et bien sûr dans la phase S du juste avant.

roy en pleine concentrationRoy en plaine concentration sur Soi lors du championnat du monde indoor 2019

Fais tu ou as tu fait des brain lock en compétition ?

Roy ne se rappelle pas avoir fait de brain lock graves en compétition. Il met ça sur le compte d’un entrainement très sérieux tout au long de sa carrière. Il me dit qu’il s’est toujours obligé à rester concentré et ne pas se laisser distraire par son environnement même en entrainement y compris loin de l’échéance. Sa politique est de dire que ce n’est pas en compétition qu’il faut changer de comportement mais bien d’adopter une ligne de conduite, un comportement pendant l’entrainement afin de le reproduire en compétition.

 

En effet il est impressionnant de voir comment le comportement des gens peut changer du fait d’une compétition. Ils laissent la peur ouvrir la porte au stress parce qu’ils n’ont pas suffisamment préparé leur cerveau à subir tout l’environnement d’une compétition ainsi que les enjeux.

Personnellement je suis dans le même camp que Roy sur ce point. L’entrainement est fait pour s’entrainer à se placer dans une attitude de défi. Plus vous jouerez avec ce que Marin appelle “la ligne rouge”, et plus vous vous entrainerez à la placer haute, plus vous vous “armés” par effet d’action-réaction pour tenir l’enjeu et le stress de compétition.

Il n’y a pas de secrets … c’est en forgeant qu’on devient forgeron 🙂

Donc entrainez vous à être concentré sur la durée. Entrainez votre attention à rester solidement “accrochée radar” sur  l’action telle un avion de chasse “accrochant sa cible”.

 

Motivation

Avec Roy on a eu un échange sur ce sujet. En effet, la motivation, l’intérêt que vous portez à ce que vous faites ou voulez accomplir détermine la quantité d’efforts que vous êtes prêts à consentir de faire pour parvenir à l’excellence. Les Brain locks sont souvent liés au fait qu’un travail personnel, notamment de visualisation, n’a pas été fait. L’entrainement mental est une source de succès et de performance. C’est la moitié des efforts en moins à faire quand vous arrivez en entrainement …

Roy et moi sommes de la génération où la soufflerie était inexistante et peu de coaching disponible. La solution a été de se former soi même à l’aide de tonnes de vidéos des meilleurs et d’en faire un travail mental c’est à dire s’accaparer les images dans sa tête et tâcher de s’intégrer à l’action virtuellement. Je me vois encore en train de marcher avec mon casque de walkman sur la tête dans la rue en rejoignant le restaurant universitaire tout en vivant mentalement un des sauts de l’équipe de France à 4 de l’époque qui m’impressionnait. Mes bras bougeaient tout seuls, mes mains prenaient des prises virtuelles … mon coeur battait comme jamais. Je n’étais pas dans l’action ….J’étais l’action !

 

Polo Grisoni

Polo Grisoni

France. Vice champion du monde à 4 en 2006. Equipe de France de VR8 97/99/2001/2003. Médaille de bronze. Directeur de Paris Jump.

Nous sommes en 1999. Je suis capitaine de l’équipe de France de VR 8. Nous nous préparons pour
les championnats du Monde qui auront lieu en Australie. L’équipe est composée de jeunes et de
personne d’expérience comme Patrick Saget, double champion du Monde de VR 4 ainsi que ceux qui
ont participé deux ans auparavant aux Championnats du Monde en Turquie. En 1999, lors de notre
participation aux championnats de France à Angoulême nous réalisons une moyenne de 21 points.
Trois mois plus tard, nous sommes à Corowa en Australie. Les sauts d’entrainement pré-compétition
sont suivis par des vidéomen extérieurs. Nos sauts sont parfaits, la confiance est totale. Tout le
monde s’accorde à dire que notre équipe est un client sérieux pour l’obtention du titre suprême. Nous
sommes entrainés par Philippe Schorno qui a fait le pari de l’innovation, « Si nous copions les autres
nous perdrons ! ».
Nous nous sommes entrainés à sortir de l’avion toutes les figures en direct, les accordéons, les impossibles, les
Rubic et autres figures techniques sortent à 8 !!!
Nous sommes le premier jour de la compétition et avons l’appel à 15 minutes pour effectuer le premier
saut. Nous attendons notre avion dans l’ère d’embarquement. Annoncé comme étant de sérieux
clients, par respect, les meilleures équipes mondiales viennent nous saluer. L’avion tarde un peu.
Nous effectuons une dernière répétition sur les planches avec les parachutes sur le dos. Une centaine
de personnes nous encouragent. Les médias, la délégation française, les supporters tous sont
présent pour nous soutenir. A ce jour, la France n’a jamais gagné en vol relatif à 8. Cette discipline a
toujours été dominée par les américains.

La pression est extrême, trop peut-être. Nous embarquons et l’ambiance est électrique. Nous sommes
dans l’avion, le rythme de nos souffles et battements de cœur est excessif. Lumière rouge, nous
sommes à 2 minutes, nous nous checkons fébrilement, lumière jaune, on ouvre la porte le groupe se
met en place, lumière verte, exit. La sortie se passe bien, le premier cycle « accroche », le vol du
groupe est rigide, le manque de fluidité est palpable, le stress est intense, … puis, un équipier « vole »
une clé de lâcher, puis une deuxième et une TROISIEME clé !!! Plus tard, lors du jugement, la
sanction est immédiate. 6 points de pénalité. Le moral est au plus bas. Mais rien n’est perdu. Nous
comptons sur nos techniques novatrices pour remonter, nous refaire. Nous sommes appelés pour le
deuxième saut. Après l’appel des 15 minutes, dans l’ère d’attente, la situation est identique. Nous
embarquons, la montée d’avion semble interminable. Mise en place, la sortie est correcte, le vol est
encore rigide, nous ne sommes toujours pas libérés. Le stress est fort, puis comme au saut
précédent… encore 2 vols de clés. La sanction est sans appel. 4 points de pénalités supplémentaires.
Après ce deuxième saut, nous savons que les dés sont jetés. Nous rentrerons chez nous sans
l’épée…Philippe Schorno est bien le seul à y croire encore.
A ce moment précis, nous ne sommes plus dans la course. Lors des sauts suivants, curieusement,
nous sommes relâchés, le vol retrouve sa fluidité et nous remontons dans le classement de saut en
saut. Nous nous détachons des quatrièmes et nous rapprochons des Russes et américains qui se
livrent une lutte acharnée. Au programme du 7 ème saut il y a le bloc 2 : Accordéon / accordéon.
La difficulté et la particularité de ce bloc est qu’avec un 180° à effectuer en binôme, il inverse chaque
équipier. Nous sommes face à un dilemme. Une construction classique avec mémorisation classique
et lente ou un choix de construction en « miroir » plus rapide mais plus risquée car elle impose
d’alterner un cycle à droite, puis un cycle à gauche et ainsi de suite sans repère visuel. Avec le choix
du « miroir », nous pouvons nous retrouver dans le match mais le risque est grand. Aucune équipe ne
s’y frotte. Nous devons choisir. A ce stade de la compétition, nous n’avons rien à perdre. Nous
choisissons la construction la plus rapide : le « miroir ».
Après de nombreuses répétitions, nous sommes mentalement prêts et embarquons pour cette 7 ème
manche. Je suis en confiance. Je n’ai jamais vraiment été sujet aux brain locks. Certes, j’en ai eu,
mais très rarement en compétition.
Nous sommes à la mise en place. Ma confiance est totale. Nous sortons de l’avion, le vol du cycle de
sortie est fluide, arrive le bloc « 2 », chacun d’entre nous s’inverse, le vol à gauche est sans tension, puis de nouveau le bloc « 2 », tout le monde est là, nous volons à droite, je suis très concentré, tout
se passe très bien, pour la première fois depuis le début de la compétition je retrouve la sensation de
légèreté dans le vol, aucune tension, le vol est pur, le plaisir est là, le bloc « 2 » à nouveau, nous
abordons le troisième cycle, nous volons en parfaite harmonie, nous amorçons le quatrième cycle, le
bloc « 2 » revient, j’ai à ce moment précis une sensation de confiance inouïe, je m’accorde le luxe de
me dire : « Pu****n, ça marche,… » puis instantanément je pars du mauvais côté !! Une partie du
groupe s’en aperçoit, l’autre non. C’est l’explosion ! Faute, incompréhension, brain locks de mes
coéquipiers… je viens d’anéantir tout espoir de victoire en une fraction de seconde …

21 ans après, je revois et ressens ce moment parfaitement. Pendant 5 ans cet épisode m’a hanté. J’y
pensais tous les jours. J’ai culpabilisé, je n’arrivais pas à switcher. J’ai longtemps douté. J’ai analysé,
et essayé de comprendre pourquoi en un dixième de seconde tout a basculé.
LA REPONSE : je suis sorti du match. !!! Je me suis laissé distraire.

CONCLUSION:
Au sol et dans l’avion, il faut être prêt à donner le meilleur de soi-même avec détermination, se
focaliser sur l’essentiel, faire le vide autour de soi.
Dans le saut ou dans l’action, Il faut rester calme et concentré sur ce que l’on fait ne pas se laisser
distraire par les détails extérieurs et sans importance, en pleine conscience dans l’environnement
dans lequel on évolue, garder la philosophie du plaisir de voler avec le groupe en oubliant l’enjeu.
Le danger, à ce niveau de la compétition, est l’excès de confiance. La conscience de vol n’est pas
acquise, elle doit se conquérir à chaque saut. C’est la beauté du sport, de notre sport, au-delà de la
technique règne l’humain.
J’ai toujours été attiré par la compétition de haut niveau. Elle est un moyen, par l’implication
personnelle qu’elle impose, l’intensité des émotions qu’elle procure et la rectitude des jugements
qu’elle rend, de dépasser son quotidien, de se dépasser. D’entrer dans une relation intime avec soi-
même.
Je terminerai sur une citation de Nelson Mandela : « Je ne perds jamais, ou je gagne ou j’apprends. »
Polo Grisoni

=> Témoignage extraordinaire de ce qui peut se passer dans la tête d’un grand champion. Ses forces mais aussi ses faiblesses. C’est beau à lire.

D’un point de vue du mental : Polo nous décrit très bien la différence entre la sensation de fluidité qu’ils ressentiront en cours de compétition et la sensation d’inconfort et de rigidité du début de compétition.

Fluidité décrite par Polo: ” … je retrouve la sensation de légèreté dans le vol, aucune tension, le vol est pur, le plaisir est là, […] nous volons en parfaite harmonie […] j’ai à ce moment précis une sensation de confiance inouïe … …”

Ce qui se passe en début de compétition pour cette équipe est somme toute assez classique d’une attitude de surconfiance, peut-être même une surestime de groupe qui peut être très dangereuse pour une entrée en matière. Masquer une certaine anxiété par un excès de confiance est une stratégie inconsciente (ou même parfois consciente !) possible de nos comportements face au défi. Il faut immédiatement savoir repérer ces sentinelles de la surconfiance qui équivaut à l’une des 2 attitudes mentales dite “de routine” pour basculer en attitude dite d'”anxiété positive” qui est une posture mentale de pré-action génératrice de performance si elle est bien maitrisée. Le sujet est vaste et je ne voudrais pas m’étendre hors de nos propos. Cela fera l’objet d’un autre article c’est promis !:. En quelques mots, l’anxiété positive est cette attitude de pré action d’humilité guerrière du champion qui sait qu’il va jouer avec un certain degré de prise de risque s’il veut aller chercher sa victoire et qu’il devra se battre pour ça en sachant gérer un certain degré d’incertitude dans l’action, en sachant traiter chaque erreur légère ou discontinuité du continuum d’action. Ce degré de prise de risque et d’incertitude consenti, accepté placera le champion dans un champ attentionnel extrêmement alerte qui le rendra prêt au combat à chaque instant de son action, avec humilité.

La posture de “routine /fausse confiance” maintenue trop longtemps juste avant l’action peut basculer subitement en posture de “Panique” au moment de rentrer dans l’action. Tout d’un coup, les enjeux que vous aviez faussement rabaissés, se dressent subitement devant vous tel un Everest que vous aviez sous estimé car regardé de trop loin ! Votre sentiment d’auto efficacité s’en trouve ébranlé voire anéanti si vous n’avez pas réagi proprement pour endiguer le phénomène.

Pour éviter ce phénomène, le passage en Anxiété positive est clairement nécessaire. Dit autrement … si vous ressentez cette petite boule dans le ventre, c’est très bien !:). A condition qu’elle ne vous inhibe pas trop non plus …

Mon expérience de compétiteur m’a montré qu’il est toujours très “dangereux” d’avoir trop confiance au départ d’une compétition. Mes meilleures compétitions ont toujours été celles qui étaient précédées par une petite dose de doutes. Cela parait incroyable mais cela fait quasiment partie de mes stratégies d’entrainement que de mettre l’équipe en doute quelques temps avant le début de compétition pour justement éviter le syndrôme de la sur-estime, augmenter l’humilité du groupe et sa vigilance vis à vis de l’action.

Lors de notre dernière heure d’entrainement à Liège avant les championnats du monde indoor à 8 en 2019, j’avais prévenu l’équipe que l’on ferait un entrainement assez difficile avec notamment des sauts “faciles” mais poussés à l’extrême pour tester le point de cassure, et des sauts très difficiles (avec peu de temps pour les préparer) pour nous tester en attitude de panique. J’ai senti des grincements de dents forcément 😉 …. Mais je crois que ça nous a rendu extrêmement humbles mais aussi très “guerriers”. “Espère le meilleur, mais prépare toi au pire …” ….. ça forge les caractères !

Bien évidemment nous terminions cet entrainement avec quelques sauts faciles histoire de ne pas faire totalement flancher la confiance. Donnés pour être 4 ième de la compétition, nous terminons 2 ième à seulement 7 points des américains, une moyenne de 30.9 points (moyenne la plus haute jamais atteinte en France et en Europe) et un record du monde à la clé (44 pts). Pas mal pour une équipe qui s’est entrainée seulement 8 jours !:)

Qui ose gagne !

Martial

Article créé et rédigé par

Martial Ferré

  • Champion du monde de Vol relatif  à 4 et à 8.
  • Co-fondateur et co-gérant de Véloce parachutisme.
  • Coach Vol relatif
  • Coach expert de préparation mentale Méthode Target
Martial

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